Puis-je allaiter si j'ai la grippe ou de la fièvre ? La question revient chaque hiver chez les jeunes mamans qui craignent de transmettre leur maladie à leur nourrisson. La réponse est rassurante : dans l'immense majorité des cas, l'allaitement peut et doit se poursuivre, même avec une grippe, un rhume ou une forte fièvre.
Le lait maternel ne devient pas dangereux. Il devient au contraire un allié précieux, car il transporte les anticorps que votre corps fabrique contre le virus. Reste à savoir comment se soigner, quels médicaments sont compatibles et quels gestes adopter pour protéger bébé.
Grippe ou fièvre : pourquoi il ne faut pas arrêter d'allaiter
La grippe saisonnière provoque, selon les souches virales en circulation, une fièvre brutale, des courbatures, des maux de tête, une toux sèche et parfois des troubles digestifs comme des vomissements ou une diarrhée. Aussi pénibles soient ces symptômes, ils ne justifient pas d'interrompre l'allaitement.
Le virus de la grippe se transmet par les gouttelettes respiratoires et par les mains, pas par le lait maternel. L'Organisation mondiale de la santé, comme les sociétés savantes de pédiatrie, recommande de maintenir les tétées pendant une infection courante de la mère.
Il faut aussi comprendre un point essentiel : lorsque vous ressentez les premiers symptômes, vous êtes déjà contagieuse depuis un ou deux jours. Votre bébé a donc, le plus souvent, déjà été exposé au virus. Arrêter brutalement l'allaitement à ce moment-là le priverait justement de sa meilleure protection.
En effet, votre organisme produit des anticorps spécifiques contre le virus qui vous a infectée, et ces immunoglobulines, en particulier les IgA sécrétoires, passent dans le lait. Résultat : un bébé allaité tombe moins souvent malade, et lorsqu'il l'est, ses symptômes sont généralement plus légers.
Un sevrage brutal présente par ailleurs des inconvénients pour vous : il expose à l'engorgement, aux canaux lactés bouchés et, à terme, à une baisse de la production de lait. Mieux vaut donc continuer du mieux que vous le pouvez, quitte à adapter le rythme et les positions.

Quels médicaments prendre en allaitant ? Les repères du CRAT
C'est souvent la vraie source d'inquiétude : peut-on se soigner sans risque pour bébé ? En France, la référence est le CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes), rattaché à l'hôpital Armand-Trousseau à Paris, dont le site lecrat.fr est consultable gratuitement. Voici les principaux repères en cas de grippe ou de fièvre :
- Paracétamol : c'est l'antalgique et l'antipyrétique de premier choix pendant l'allaitement, en respectant les doses habituelles et un intervalle d'au moins quatre à six heures entre les prises.
- Ibuprofène : il est également utilisable ponctuellement, sur une courte durée, car il passe très peu dans le lait. C'est l'anti-inflammatoire à privilégier si le paracétamol ne suffit pas.
- Antiviraux contre la grippe : l'oseltamivir, parfois prescrit chez les personnes à risque, est considéré comme compatible avec l'allaitement. Il nécessite une ordonnance.
- Décongestionnants nasaux par voie orale (à base de pseudoéphédrine) : ils sont déconseillés, car ils exposent à des effets cardiovasculaires et peuvent diminuer la production de lait. Préférez le lavage de nez au sérum physiologique.
- Sirops contre la toux contenant de la codéine ou des dérivés opiacés : ils sont à proscrire pendant l'allaitement en raison du risque de somnolence chez le nourrisson.
Si votre médecin juge qu'un antibiotique est nécessaire, sachez que de nombreuses molécules, notamment l'amoxicilline, sont compatibles avec l'allaitement. Pensez simplement à signaler systématiquement que vous allaitez, au médecin comme au pharmacien. L'automédication, y compris avec des produits « naturels » ou des huiles essentielles, est à éviter, car certains sont contre-indiqués chez la femme allaitante ou chez le nourrisson.
Enfin, si vous n'êtes pas encore vaccinée, sachez que le vaccin contre la grippe est possible pendant l'allaitement : il protège la maman et transmet aussi des anticorps à bébé via le lait.
Se soigner tout en préservant sa lactation
La fièvre fait perdre beaucoup d'eau, et l'allaitement en demande déjà davantage au quotidien. Buvez régulièrement, sans attendre d'avoir soif : eau, tisanes, bouillons ou soupes sont vos meilleurs alliés. Un verre d'eau à chaque tétée est un bon réflexe. Une hydratation insuffisante accentue la fatigue et les maux de tête.
Le repos fait partie intégrante du traitement. Pendant quelques jours, déléguez sans scrupule les tâches ménagères, les courses et les repas à votre conjoint, à vos proches ou à une aide à domicile. Allaiter allongée permet de récupérer pendant les tétées.
Si la fatigue vous empêche ponctuellement de mettre bébé au sein, ou s'il tète moins bien à cause d'un nez bouché, vous pouvez exprimer votre lait. Savoir quand utiliser le tire-lait vous aidera à maintenir votre production : ce lait pourra être proposé à la cuillère, à la tasse ou au biberon par une autre personne. Videz régulièrement vos seins, même lorsque bébé boit moins, pour éviter qu'un engorgement ne s'installe.
Attention enfin à ne pas confondre une fièvre grippale avec une infection du sein. Une fièvre accompagnée d'une zone rouge, chaude et douloureuse sur un sein évoque plutôt une mastite. Dans ce cas, l'allaitement doit lui aussi se poursuivre, et il est utile de connaître les liens entre montée de lait et mastite pour réagir rapidement. Consultez si la fièvre dépasse 48 heures, si elle dépasse 39 °C de façon persistante, ou si vous avez du mal à respirer.
Protéger bébé : gestes d'hygiène et signes qui doivent alerter
Puisque la contamination passe par l'air et par les mains, quelques gestes simples réduisent nettement le risque de transmission à votre enfant et au reste de la famille :
- Lavez-vous les mains à l'eau et au savon pendant au moins 30 secondes avant chaque tétée, chaque change et chaque préparation de repas, ou utilisez une solution hydroalcoolique.
- Portez un masque chirurgical pendant les tétées et lorsque vous êtes proche du visage de votre bébé, et changez-le toutes les quatre heures.
- Toussez et éternuez dans votre coude ou dans un mouchoir à usage unique, jeté immédiatement dans une poubelle fermée.
- Limitez les câlins rapprochés et les bisous en dehors des tétées le temps de l'épisode fébrile.
Malgré ces précautions, votre nourrisson peut tomber malade à son tour. Dans ce cas, continuez surtout à l'allaiter : le lait maternel reste l'aliment le plus digeste, il hydrate et apporte des défenses supplémentaires. En revanche, chez un bébé de moins de 3 mois, toute fièvre égale ou supérieure à 38 °C impose une consultation médicale rapide. Quel que soit l'âge, consultez sans attendre si votre enfant refuse de téter, mouille moins de couches, respire vite ou avec difficulté, paraît anormalement somnolent ou geignard.
Vos questions fréquentes concernant l'allaitement pendant une grippe ou une fièvre
1. Peut-on continuer à allaiter avec la grippe ?
Oui. Même avec une grippe ou une forte fièvre, l'allaitement est recommandé. Le lait maternel contient des anticorps spécifiques qui aident à protéger le bébé contre le virus.
2. Le lait maternel est-il encore bon si la maman est malade ?
Absolument. Le lait reste digeste, nutritif et adapté aux besoins du bébé, que la mère ait de la fièvre, une gastro, une grippe ou un simple rhume. Il ne transmet pas le virus de la grippe.
3. Mon bébé peut-il tomber malade si je l'allaite en étant grippée ?
La contamination se fait par voie aérienne (toux, éternuements) et par les mains, pas par le lait. Le masque et le lavage des mains limitent ce risque, tandis que les anticorps du lait renforcent ses défenses.
4. Dois-je arrêter d'allaiter en cas de forte fièvre ou de fatigue ?
Non, sauf avis médical contraire. Si la fatigue est trop intense, vous pouvez tirer votre lait et le faire donner à la cuillère ou au biberon, tout en continuant à vous hydrater et à vous reposer.
5. Quels médicaments puis-je prendre en cas de grippe pendant l'allaitement ?
Le paracétamol est le premier choix, l'ibuprofène est possible sur une courte durée. Évitez l'aspirine, les décongestionnants oraux et les sirops à la codéine. Le site du CRAT et votre pharmacien vous aident à vérifier chaque traitement.
6. Le Tamiflu est-il compatible avec l'allaitement ?
Oui, l'oseltamivir est considéré comme compatible avec l'allaitement. Il est réservé à certaines situations et doit être prescrit par un médecin, idéalement dans les 48 heures suivant les premiers symptômes.
7. Et si mon bébé est malade, dois-je continuer à l'allaiter ?
Oui, surtout. Le lait maternel s'adapte à ses besoins, l'hydrate et l'aide à récupérer. Consultez rapidement en cas de fièvre avant 3 mois, de refus de téter ou de difficultés respiratoires.
Conclusion : continuer à allaiter quand on est malade
Être malade ne signifie pas que vous devez interrompre l'allaitement. Bien au contraire : allaiter pendant une grippe ou une fièvre est non seulement possible, mais recommandé. Le lait maternel agit comme un véritable bouclier immunitaire, capable de protéger votre enfant des virus et de renforcer ses défenses naturelles.
Gardez en tête quelques règles simples : bonne hydratation, repos, masque et lavage des mains, médicaments compatibles vérifiés auprès du CRAT ou de votre pharmacien, et consultation médicale en cas de doute. Votre corps continue à faire ce qu'il fait de mieux : nourrir et protéger votre bébé, même en période de maladie.


