Quelques jours après sa naissance, le fils d'une lectrice a attrapé son premier rhume. Son pédiatre lui avait alors prescrit un sirop décongestionnant et des suppositoires contre la toux.
À 5 mois, nouveau rhume, nouveau pédiatre… et cette fois, aucun médicament : simplement du sérum physiologique et un mouche-bébé. Quatre jours plus tard, le bébé tousse au point d'en perdre la voix, et sa maman s'inquiète d'une complication.
Sa question est celle de nombreux parents : faut-il donner un traitement à un bébé enrhumé, et à partir de quand faut-il s'inquiéter ?
Voici les réponses actualisées, conformes aux recommandations françaises en vigueur.
Rhume du nourrisson : un virus qui guérit seul dans la grande majorité des cas
Le rhume, que les médecins appellent rhinopharyngite, est une infection virale. Plus de 200 virus différents peuvent en être responsables, les rhinovirus en tête. Les bébés y sont particulièrement exposés : leur système immunitaire découvre chaque virus pour la première fois, et l'entrée en crèche multiplie les contacts. Un tout-petit peut faire 6 à 10 rhumes par an sans que cela soit anormal.
Les symptômes sont bien connus des parents : nez qui coule puis se bouche, éternuements, toux plutôt grasse liée au mucus qui s'écoule dans la gorge, parfois une petite fièvre les deux ou trois premiers jours. Le bébé dort moins bien, boit avec plus de difficulté et se montre grognon. Comme un nourrisson respire surtout par le nez, un nez encombré gêne directement ses tétées et son sommeil.
Comme pour tous les virus, il n'existe aucun médicament qui guérit le rhume. Les antibiotiques sont inutiles tant qu'aucune surinfection bactérienne n'est diagnostiquée. Le traitement se limite à soulager l'enfant, et l'évolution naturelle se fait vers la guérison en 7 à 10 jours. La toux, elle, peut persister deux à trois semaines, le temps que les voies respiratoires se réparent.

Sirops, suppositoires, décongestionnants : des traitements qui ne sont plus recommandés
Le second pédiatre de notre lectrice avait raison. Les pratiques ont beaucoup évolué ces quinze dernières années, et de nombreux médicaments autrefois prescrits aux nourrissons sont aujourd'hui contre-indiqués en France par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
Les décongestionnants par voie orale ou nasale (vasoconstricteurs) ne doivent jamais être donnés à un bébé : ils exposent à des troubles cardiaques et neurologiques. Le sirop évoqué dans la question, commercialisé en Espagne, associe ce type de molécule à un antihistaminique, une combinaison inadaptée à un nourrisson. Les sirops contre la toux (antitussifs) et les fluidifiants bronchiques sont contre-indiqués avant 2 ans : en fluidifiant le mucus sans que l'enfant sache l'évacuer, ils risquent d'aggraver l'encombrement. Enfin, les suppositoires à base de dérivés terpéniques (eucalyptus, camphre, menthol) sont interdits avant 30 mois en raison d'un risque de convulsions, tout comme les baumes et huiles essentielles appliqués sur la poitrine.
Le seul médicament utile reste le paracétamol, en cas de fièvre ou d'inconfort marqué, à la dose adaptée au poids de l'enfant grâce à la pipette graduée en kilos fournie avec le flacon. L'ibuprofène n'est pas utilisé avant 3 mois. Demandez toujours l'avis du médecin ou du pharmacien avant une prise. Notre article sur la fièvre de bébé détaille les gestes à adopter quand la température monte.
Au-delà des médicaments, le confort passe par des gestes simples : proposer des tétées ou des biberons plus petits et plus fréquents, maintenir la chambre autour de 19 °C, l'aérer dix minutes chaque jour et éviter absolument le tabac à la maison. En revanche, il ne faut pas surélever le matelas ni utiliser de cale-bébé : bébé dort toujours sur le dos, à plat, dans une gigoteuse.
Le lavage de nez de bébé : le protocole pas à pas
Le lavage nasal est le geste central du traitement du rhume. Il dégage les voies respiratoires, facilite les tétées et limite le risque d'otite. Encore faut-il le pratiquer correctement. Voici la technique recommandée par les pédiatres :
- Préparez le matériel : lavez-vous les mains et prenez une dosette de sérum physiologique de 5 ml à température ambiante (ou une solution d'eau de mer isotonique adaptée aux nourrissons).
- Allongez bébé sur le côté, sur le dos ou sur le flanc, et maintenez fermement sa tête tournée sur le côté. Ne lavez jamais le nez d'un bébé en position assise ou tête en arrière.
- Introduisez l'embout dans la narine du dessus, sans l'enfoncer, et pressez la dosette d'un geste franc. Le sérum ressort par l'autre narine avec les sécrétions.
- Redressez bébé en position assise quelques secondes pour l'aider à évacuer et à déglutir, puis essuyez son nez avec un mouchoir jetable.
- Recommencez de l'autre côté en tournant sa tête dans l'autre sens et en utilisant une nouvelle dosette.
- Répétez le lavage avant chaque tétée et avant le coucher, soit 4 à 6 fois par jour en période d'encombrement.
Le mouche-bébé peut compléter le lavage lorsque les sécrétions restent épaisses. Il s'utilise après le sérum, avec une aspiration douce, et pas de manière systématique, car une utilisation trop fréquente irrite la muqueuse. Pour aller plus loin, découvrez nos conseils pour moucher bébé efficacement tout au long de l'hiver.
Rhume qui s'aggrave : les signes d'alerte qui imposent de consulter
Le rhume reste une maladie bénigne, mais il peut se compliquer. Des bactéries peuvent profiter de l'inflammation pour provoquer une otite, une conjonctivite ou une sinusite. Chez le nourrisson, le virus peut aussi descendre vers les bronches et entraîner une bronchiolite, surtout entre octobre et mars. Certains signes doivent conduire à consulter sans attendre :
- une fièvre de 38 °C ou plus chez un bébé de moins de 3 mois, à faire voir le jour même ;
- une fièvre qui dure plus de 48 à 72 heures, ou qui réapparaît après avoir disparu ;
- une respiration rapide, sifflante ou difficile, des côtes qui se creusent, des ailes du nez qui battent ;
- un bébé qui boit moins de la moitié de ses biberons ou tétées sur plusieurs repas, ou qui mouille moins ses couches ;
- une voix cassée accompagnée d'une toux rauque et d'un bruit aigu à l'inspiration, évocateurs d'une laryngite ;
- des pleurs inhabituels, un bébé qui se tient l'oreille, ou un écoulement jaune des yeux ;
- une somnolence inhabituelle, un teint gris ou des lèvres bleutées : dans ce cas, appelez le 15.
Dans la situation décrite par notre lectrice, une toux qui s'intensifie au quatrième jour au point de rendre le bébé aphone justifie une nouvelle consultation, même sans fièvre. Le médecin écoutera ses poumons, regardera ses tympans et vérifiera sa respiration. Pour reconnaître les symptômes typiques d'une atteinte des bronches, consultez notre dossier bébé a une bronchiolite.
Côté prévention, un traitement préventif par anticorps contre le virus de la bronchiolite est désormais proposé aux nourrissons avant leur première saison hivernale. Parlez-en à votre pédiatre ou à votre sage-femme.
Vos questions fréquentes concernant le rhume de bébé
1. Comment faire la différence entre un rhume et une bronchiolite ?
Le rhume touche le nez et la gorge : bébé est encombré mais respire calmement. La bronchiolite commence souvent comme un rhume, puis la toux devient plus fréquente et la respiration rapide, sifflante, avec des côtes qui se creusent. Au moindre doute, consultez.
2. Mon bébé tousse beaucoup mais n'a pas de fièvre, dois-je consulter ?
Une toux grasse sans fièvre est fréquente avec un rhume, car le mucus s'écoule dans la gorge. Elle peut durer deux à trois semaines. Consultez si elle s'aggrave, devient rauque, empêche bébé de boire ou s'accompagne d'une gêne respiratoire.
3. Combien de lavages de nez par jour peut-on faire ?
En période de rhume, 4 à 6 lavages par jour sont recommandés, idéalement avant chaque repas et avant le coucher. Hors épisode infectieux, un lavage quotidien n'est pas nécessaire.
4. Peut-on surélever le lit de bébé pour l'aider à respirer la nuit ?
Non. Les plans inclinés, coussins et cale-bébés sont déconseillés car ils augmentent le risque d'accident pendant le sommeil. Un lavage de nez juste avant le coucher reste la meilleure solution.
5. Peut-on prévenir les rhumes chez le nourrisson ?
On ne peut pas les éviter tous, mais on peut en limiter le nombre : lavage des mains fréquent, aération quotidienne, maison sans tabac, et éloignement des personnes enrhumées. L'allaitement maternel contribue aussi à protéger bébé.
Conclusion
Le rhume du nourrisson inquiète souvent les parents, surtout lorsque la toux et le nez bouché perturbent les nuits et les repas. Pourtant, dans la grande majorité des cas, il guérit seul en une dizaine de jours. Les lavages de nez au sérum physiologique, bien réalisés et répétés, restent le traitement de référence, complétés par une bonne hydratation et un environnement sain.
Les sirops contre la toux, les décongestionnants et les suppositoires autrefois prescrits ne sont plus recommandés chez le bébé, car leurs risques dépassent largement leurs bénéfices. Seul le paracétamol peut être donné en cas de fièvre, à la dose adaptée au poids. Ce qui compte surtout, c'est l'observation : une fièvre qui dure, une respiration difficile, un bébé qui boit mal ou une toux qui s'aggrave doivent toujours amener à consulter. Avec ces bons réflexes, la saison des rhumes se traverse plus sereinement.


