Octobre rose : enceintes et atteintes d’un cancer du sein, ces mères racontent comment elles ont tout traversé

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enceintes et atteintes d’un cancer du sein

Octobre rose touche à sa fin, et avec lui les campagnes qui rappellent l'importance du dépistage. Il existe pourtant une réalité dont on parle beaucoup moins : celle des femmes qui apprennent qu'elles ont un cancer du sein alors qu'elles attendent un bébé.

 

L'annonce de la maladie au milieu des échographies, la chimiothérapie avec un ventre rond, une naissance programmée entre deux traitements, puis la mastectomie et la reconstruction avec un nouveau-né dans les bras…

Plusieurs mères ont raconté publiquement ce double parcours. Leurs histoires, éclairées par ce que disent les médecins, montrent qu'un cancer du sein découvert pendant la grossesse se soigne aujourd'hui, le plus souvent, sans avoir à renoncer à son bébé.

 

Cancer du sein pendant la grossesse : rare, mais plus fréquent qu'on ne le croit

Le cancer du sein est le premier cancer diagnostiqué chez la femme enceinte. Selon le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), il concerne entre une grossesse sur 3 000 et une sur 10 000. L'AP-HP estime que 350 à 700 grossesses par an sont touchées par un cancer en France, tous types confondus. On parle de « cancer associé à la grossesse » lorsque le diagnostic tombe pendant la grossesse ou dans l'année qui suit l'accouchement.

Le premier écueil, c'est le retard de diagnostic. Pendant la grossesse, les seins gonflent, se densifient et deviennent sensibles : une boule passe facilement pour un canal engorgé ou une « boule de lait ». Une boule qui persiste plus de quelques semaines, pendant la grossesse comme pendant l'allaitement, doit être montrée à un médecin. L'échographie mammaire, premier examen prescrit, est sans danger pour le bébé.

Pour accompagner ces situations, le réseau national CALG (Cancers associés à la grossesse) a été créé en 2008 à la demande du CNGOF. Longtemps, l'interruption de grossesse était presque systématiquement proposée. Les pratiques ont changé, notamment grâce aux travaux du Pr Frédéric Amant, de l'université de Louvain : en comparant plus de 300 femmes diagnostiquées pendant leur grossesse à plus de 860 femmes non enceintes, son équipe a montré que la grossesse n'aggrave pas le pronostic du cancer du sein. Pour comprendre les grands principes de prise en charge, consultez notre article grossesse et cancer du sein.

 

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Virgilia Hess : « Je portais à la fois la vie et la maladie »

Hiver 2023. Virgilia Hess, présentatrice météo sur BFMTV, a 32 ans et attend son premier enfant pour le printemps. Lors d'un examen de grossesse de routine, son obstétricienne sent une petite boule dans son sein. Le diagnostic tombe alors qu'elle est enceinte d'environ cinq mois et demi : un cancer du sein HER2 positif, une forme agressive. En février, elle annonce sa maladie sur les réseaux sociaux avec une phrase qui résume ce que vivent toutes ces femmes : « je portais à la fois la vie et la maladie ».

Elle reçoit deux cures de chimiothérapie avant la naissance de sa fille. Dans les entretiens accordés à l'association RoseUp, elle explique qu'elle aurait pu être tentée de refuser le traitement pour protéger son bébé, mais qu'elle a choisi de faire confiance aux médecins plutôt que de laisser le cancer progresser. Elle raconte aussi sa difficulté à trouver le récit d'une autre mère passée par là, un manque qu'elle a voulu combler avec un livre, Ma grossesse m'a sauvé la vie.

Ce qu'elle a vécu correspond à ce que les cancérologues proposent aujourd'hui. Le traitement s'adapte au terme de la grossesse :

  • La chirurgie (tumorectomie ou mastectomie) est possible à tout moment de la grossesse, avec une anesthésie adaptée.
  • La chimiothérapie est évitée pendant les 13 à 14 premières semaines, quand les organes du fœtus se forment, puis peut être administrée aux deuxième et troisième trimestres.
  • La radiothérapie, l'hormonothérapie et certaines thérapies ciblées, comme les anti-HER2, sont en général repoussées après l'accouchement.

Les données sur les enfants sont rassurantes. Une étude européenne coordonnée par le Pr Amant n'a pas montré de différence de développement mental ni de fonction cardiaque chez les enfants exposés à la chimiothérapie après le premier trimestre.

 

Habalet, 41 ans : chimiothérapie dès la 13e semaine et naissance programmée

Au Québec, Habalet Andrée Loblegnon a raconté son histoire à La Presse Canadienne au printemps 2026. En mai 2024, elle apprend qu'elle est enceinte de son quatrième enfant. Deux semaines plus tard, on lui diagnostique un cancer du sein de stade 3. Elle avait pourtant remarqué une masse sous son aisselle lors de sa grossesse précédente, mais on lui avait dit de ne pas s'inquiéter. Sa décision est immédiate : elle gardera son bébé.

Elle est prise en charge au CHUM, à Montréal, dans une clinique dédiée aux femmes enceintes atteintes d'un cancer, fondée par l'obstétricienne Claude-Émilie Jacob. Chirurgiens, oncologues et néonatologistes y construisent ensemble un calendrier unique. Sa chimiothérapie commence après la 13e semaine, à raison d'une séance par semaine. Elle en sort épuisée.

Le moment de la naissance a été calculé avec précision. La chimiothérapie fragilise les défenses immunitaires et augmente le risque d'infection : les traitements sont donc suspendus quelques semaines avant la date prévue de l'accouchement, pour que l'organisme de la mère récupère. Habalet a eu une césarienne programmée, puis une mastectomie un mois plus tard. Son fils Théo avait un an et demi au moment de l'entretien, en parfaite santé.

Une césarienne n'est pas systématique : un accouchement par voie basse reste possible, souvent avec un déclenchement de l'accouchement à une date choisie en fonction du traitement. Les équipes cherchent à éviter une naissance trop précoce, car c'est surtout la prématurité, bien plus que la chimiothérapie, qui pèse sur le développement de l'enfant. Lorsqu'une naissance anticipée est inévitable, le bébé bénéficie d'une surveillance adaptée : découvrez les soins apportés aux bébés prématurés.

 

Après la naissance : allaitement, reconstruction et culpabilité

Pour la plupart de ces mères, l'accouchement ne marque pas la fin du parcours. Virgilia Hess a poursuivi sa chimiothérapie pendant environ un an et demi, puis une hormonothérapie prévue pour plusieurs années. Elle n'a pas pu allaiter sa fille, car les médicaments de chimiothérapie passent dans le lait maternel. Elle a aussi évoqué la perte de ses cheveux, de ses cils et de ses sourcils. En rémission depuis 2024, elle a ensuite choisi une double mastectomie préventive en raison d'un risque élevé de récidive.

Clotilde, elle aussi atteinte d'un cancer HER2 positif découvert vers six mois de grossesse, a confié à RoseUp que la maladie l'avait privée de la magie de sa maternité. Mais sa fille Ethel va bien, et c'est ce qu'elle retient. Ce sentiment revient dans de nombreux récits : la culpabilité d'avoir fait vivre la chimiothérapie à son bébé, la colère, le deuil d'une grossesse rêvée.

La reconstruction mammaire, elle, n'est jamais une urgence. Elle est le plus souvent proposée en différé, une fois les traitements terminés. Elle est prise en charge par l'Assurance maladie, et la décision appartient à la patiente, y compris celle de ne pas en faire.

 

Ce qui aide, d'après ces parcours et les équipes spécialisées :

  • Demander à être orientée vers une équipe habituée à ces situations, via le réseau CALG (cancer-et-grossesse.fr).
  • Rencontrer d'autres mères, grâce aux associations comme RoseUp ou la Ligue contre le cancer.
  • Prévoir un soutien psychologique, auprès d'un psycho-oncologue ou de la sage-femme.
  • Accepter l'aide concrète des proches : repas, garde des aînés, nuits avec le bébé.
  • Préparer l'alimentation au biberon à l'avance, sans culpabilité.

 

Vos questions fréquentes concernant le cancer du sein pendant la grossesse

 

1. Peut-on garder son bébé quand on découvre un cancer du sein enceinte ?
Oui, dans la grande majorité des cas. L'interruption de grossesse n'est discutée que dans des situations rares, par exemple un cancer très évolué découvert en tout début de grossesse, quand le traitement ne peut pas attendre la fin du premier trimestre.

2. La chimiothérapie est-elle dangereuse pour le bébé ?
Elle est évitée au premier trimestre. Au-delà, les études disponibles sont rassurantes sur le développement des enfants exposés.

3. Peut-on accoucher par voie basse après une chimiothérapie ?
Oui. La césarienne n'est pas obligatoire et dépend de critères obstétricaux. En revanche, la date de l'accouchement est souvent planifiée pour laisser plusieurs semaines entre la dernière chimiothérapie et la naissance.

4. Peut-on allaiter après un cancer du sein traité pendant la grossesse ?
Pas pendant une chimiothérapie, une hormonothérapie ou une thérapie ciblée, car ces médicaments passent dans le lait. Dans certains cas, un allaitement avec le sein non traité peut être envisagé plus tard : parlez-en à votre oncologue.

5. Quand peut-on faire une reconstruction mammaire ?
Elle est le plus souvent réalisée après la fin des traitements, parfois plusieurs mois après une radiothérapie. Une reconstruction immédiate est possible dans certaines situations.

 

Conclusion

Virgilia, Habalet, Clotilde : trois femmes, trois parcours, et un même constat. Un cancer du sein découvert pendant la grossesse bouleverse tout, mais il n'oblige plus à choisir entre se soigner et devenir mère. Chirurgie et chimiothérapie peuvent être menées pendant la grossesse, avec un calendrier construit autour du bébé, et les enfants nés dans ces conditions grandissent comme les autres. Leur message, en cette fin d'Octobre rose : enceinte ou jeune maman, une boule dans le sein qui ne disparaît pas mérite toujours un avis médical.

 

 

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