Se faire vacciner contre la grippe pendant la grossesse ne protège pas seulement la future maman. Les anticorps fabriqués après l'injection traversent le placenta et protègent le bébé pendant ses six premiers mois de vie, une période où il est trop jeune pour recevoir lui-même le vaccin.
Les études menées depuis une quinzaine d'années vont toutes dans le même sens, et les données les plus récentes, publiées en 2026, confirment l'ampleur de cette protection.
Alors que la campagne de vaccination 2026-2027 ouvre ses portes le 13 octobre 2026, nous faisons le point sur ce que la science a démontré, sur le fonctionnement de ce « bouclier » transmis par la mère et sur les démarches pratiques pour en bénéficier cette saison.
Vaccin grippe pendant la grossesse : ce que les études montrent pour le bébé
Tout a commencé par une étude publiée en 2011 dans la revue Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine. Les chercheurs avaient suivi des mères et leurs nourrissons pendant plusieurs saisons de grippe. Résultat : chez les bébés dont la mère avait été vaccinée pendant la grossesse, le risque de grippe confirmée en laboratoire était réduit de 41 % et celui d'être hospitalisé pour un syndrome grippal de 39 % au cours des six premiers mois.
D'autres travaux ont depuis consolidé ces résultats. Un essai mené au Bangladesh avait déjà observé une baisse de 63 % des grippes confirmées chez les nourrissons de moins de six mois nés de mères vaccinées. En février 2026, une vaste étude italienne parue dans JAMA Network Open a analysé plus de 84 000 couples mère-enfant en Lombardie entre 2018 et 2022. Les chercheurs de l'université de Milan-Bicocca ont constaté que les bébés de mères vaccinées contre la grippe avaient environ 70 % de risque en moins d'être hospitalisés pour la grippe durant leurs six premiers mois.
Ces chiffres ont une portée très concrète. Les nourrissons de moins de six mois font partie des personnes les plus souvent hospitalisées à cause du virus grippal, juste derrière les personnes très âgées. Chez un tout-petit, la grippe peut se compliquer d'une forte fièvre, d'une déshydratation, d'une pneumonie ou d'une surinfection des voies respiratoires. Pour mieux reconnaître les signes qui doivent alerter, vous pouvez consulter notre article sur la grippe chez les bébés et ce que les parents doivent savoir.

Comment les anticorps maternels protègent le nouveau-né
À la naissance, le système immunitaire de bébé est encore immature. Il sait réagir, mais il lui manque l'expérience des microbes qu'il n'a jamais rencontrés. C'est là qu'intervient l'immunité dite « passive ». Après la vaccination, l'organisme de la mère produit des anticorps capables de neutraliser le virus de la grippe. Une partie de ces anticorps, les immunoglobulines G (IgG), passe activement à travers le placenta et rejoint la circulation sanguine du fœtus.
Ce transfert s'accélère au troisième trimestre, si bien qu'un bébé né à terme dispose souvent d'un taux d'anticorps comparable, voire supérieur, à celui de sa mère. Il faut environ deux semaines après l'injection pour que les anticorps atteignent un niveau protecteur, ce qui explique l'intérêt de se faire vacciner dès l'ouverture de la campagne, quel que soit le trimestre de grossesse.
Ces anticorps maternels ne durent pas indéfiniment. Leur concentration diminue progressivement au fil des semaines, puis ils disparaissent vers l'âge de six mois. C'est justement à cet âge que la vaccination contre la grippe devient possible chez le nourrisson lorsqu'elle est recommandée, par exemple en cas de maladie chronique. La vaccination de la mère comble donc un vide de protection que rien d'autre ne peut couvrir aujourd'hui pendant les premiers mois.
L'allaitement prolonge en partie cet effet. Le lait maternel contient d'autres anticorps, les IgA, qui tapissent les muqueuses de la bouche et de la gorge du bébé et forment une première barrière contre les virus respiratoires. Le vaccin antigrippal est d'ailleurs parfaitement compatible avec l'allaitement si vous n'avez pas pu le faire pendant la grossesse.
Campagne de vaccination grippe 2026-2027 : dates, vaccins et démarches
En métropole et dans la plupart des territoires d'outre-mer, la campagne débute le 13 octobre 2026. Les femmes enceintes font partie des publics prioritaires, à tous les stades de la grossesse. Voici ce qu'il faut savoir pour cette saison :
- Les vaccins disponibles pour les femmes enceintes sont Vaxigrip, Influvac et Flucelvax. Ce sont des vaccins inactivés : ils ne contiennent pas de virus vivant et ne peuvent pas donner la grippe.
- La prise en charge est de 100 % par l'Assurance maladie. Si vous n'avez pas reçu de bon par courrier, votre sage-femme, votre médecin ou votre pharmacien peut l'éditer.
- Une prescription est désormais nécessaire pour tous les vaccins antigrippaux depuis juillet 2026, mais elle peut être faite par un médecin, une sage-femme, un pharmacien ou un infirmier.
- Le vaccin contre la Covid-19 est aussi recommandé pendant la grossesse et peut être fait le même jour, sur un autre bras.
Le moment idéal reste l'automne, avant que le virus ne circule activement. Si vous découvrez votre grossesse en plein hiver, il n'est pas trop tard : la vaccination garde tout son intérêt tant que l'épidémie n'est pas terminée. Pensez aussi à l'entourage du futur bébé. Faire vacciner le conjoint, les grands-parents ou la personne qui gardera l'enfant limite les risques que le virus arrive jusqu'à lui.
Grippe, coqueluche, VRS : le calendrier de protection du nouveau-né
Le vaccin contre la grippe s'inscrit dans une stratégie plus large de protection du nourrisson pendant la grossesse. Trois maladies respiratoires sont particulièrement redoutées chez les tout-petits, et pour chacune, une solution existe avant ou juste après la naissance. Notre dossier sur les vaccins recommandés pendant la grossesse détaille l'ensemble de ces recommandations.
- Grippe : une injection à n'importe quel trimestre, pendant la saison épidémique.
- Coqueluche : le vaccin est recommandé lors de toutes les grossesses, idéalement entre 20 et 36 semaines d'aménorrhée. La même étude italienne de 2026 a montré une réduction de près de 89 % des hospitalisations pour coqueluche chez les bébés de mères vaccinées.
- Virus respiratoire syncytial (VRS) : le vaccin maternel Abrysvo peut être administré entre 32 et 36 semaines d'aménorrhée, pendant la campagne qui court du 14 septembre 2026 au 28 février 2027 en métropole. L'autre option consiste à donner au bébé un anticorps protecteur dès la maternité.
Le VRS est le principal responsable de la bronchiolite, première cause d'hospitalisation des nourrissons en hiver. Vacciner la mère ou immuniser le bébé à la naissance sont deux stratégies efficaces : c'est un choix à faire avec la sage-femme ou le pédiatre, en fonction de la date prévue d'accouchement. Même protégé, un bébé peut tomber malade ; il reste utile de connaître les signaux de bronchiolite à surveiller chez bébé. Les vaccins grippe, Covid-19 et VRS peuvent être faits au cours de la même séance.
Vos questions fréquentes concernant le vaccin contre la grippe pendant la grossesse et la protection de bébé
1. Si je me fais vacciner au début de la grossesse, mon bébé sera-t-il quand même protégé ?
Oui. Les anticorps restent présents plusieurs mois et leur transfert vers le fœtus se fait surtout au troisième trimestre. Une vaccination précoce dans la saison protège la mère pendant toute l'épidémie et profite aussi au bébé.
2. Mon bébé naîtra au printemps, le vaccin a-t-il encore un intérêt pour lui ?
Oui, même si l'intérêt principal concerne alors la maman, plus exposée aux formes graves pendant la grossesse. La protection du bébé est maximale quand sa naissance tombe pendant ou juste avant la saison de la grippe.
3. Bébé peut-il être vacciné lui-même contre la grippe ?
Pas avant l'âge de six mois. Ensuite, la vaccination est recommandée pour les enfants présentant certaines maladies chroniques. Elle peut aussi être proposée aux autres enfants, après avis du médecin.
4. Le vaccin peut-il provoquer une fausse couche ou une malformation ?
Non. Des centaines de milliers de femmes enceintes ont été vaccinées dans le monde, et aucune augmentation du risque de fausse couche, de malformation ou de prématurité n'a été observée.
5. Mon bébé est né prématuré, est-il moins bien protégé ?
Le transfert d'anticorps étant plus important en fin de grossesse, un bébé né très tôt en reçoit moins. C'est une raison supplémentaire pour faire vacciner tout l'entourage et pour en parler avec l'équipe de néonatologie.
Conclusion
Quinze ans de recherche le confirment : le vaccin antigrippal reçu pendant la grossesse est l'une des façons les plus efficaces de protéger un nouveau-né. Entre 40 et 70 % d'hospitalisations en moins selon les études, c'est un bénéfice direct pour un bébé qui ne peut pas encore être vacciné, obtenu grâce à un geste simple, gratuit et sans danger pour la grossesse.
Avec l'ouverture de la campagne le 13 octobre 2026, profitez de votre prochain rendez-vous de suivi pour en parler à votre sage-femme ou à votre médecin. C'est aussi l'occasion de faire le point sur la coqueluche et le VRS, pour que votre bébé arrive au monde avec la meilleure protection possible face aux virus de l'hiver.


