Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme en France, mais c'est aussi l'un de ceux qui se soignent le mieux lorsqu'il est repéré tôt. Détecté à un stade précoce, il permet à 99 femmes sur 100 d'être en vie cinq ans après le diagnostic.
En ce mois d'Octobre rose, faisons le point sur les derniers chiffres de l'Institut national du cancer (INCa), sur le fonctionnement du dépistage organisé entre 50 et 74 ans et sur les signes qui doivent amener à consulter, quel que soit votre âge.
Cancer du sein : les chiffres clés 2026 de l'INCa
Selon le Panorama des cancers en France, édition 2026, publié par l'INCa en juillet, le cancer du sein occupe le premier rang des cancers chez la femme, avec 33 % des nouveaux cas. On compte un peu plus de 61 000 nouveaux diagnostics par an. Il reste aussi la première cause de décès par cancer chez la femme : environ 12 765 décès en 2023, soit 17,5 % des décès féminins par cancer. On estime qu'une femme sur huit sera concernée au cours de sa vie.
Les tendances sont pourtant encourageantes. La survie nette à cinq ans atteint désormais 88 %, contre 80 % pour les femmes diagnostiquées au début des années 1990. Aujourd'hui, 60 % des cancers du sein sont diagnostiqués à un stade précoce.
Une étude de l'INCa publiée en mars 2026 a mesuré l'impact du dépistage : environ 23 000 décès ont été évités en France entre 2004 et 2018. Une femme qui entre dans le programme dès 50 ans voit son risque de mourir d'un cancer du sein diminuer d'environ 40 %. Le point faible reste la participation : seulement 46,3 % des femmes concernées ont réalisé leur dépistage organisé en 2023-2024, un taux en recul depuis dix ans.

Dépistage organisé de 50 à 74 ans : comment ça se passe ?
Près de 80 % des cancers du sein apparaissent après 50 ans. C'est pourquoi le programme national, généralisé en 2004, s'adresse aux femmes de 50 à 74 ans à risque dit « moyen », c'est-à-dire sans symptôme ni antécédent personnel ou familial particulier. Voici les grandes étapes :
- L'invitation : tous les deux ans, l'Assurance Maladie envoie un courrier, un e-mail ou un SMS personnalisé. Depuis octobre 2025, le médecin traitant peut aussi rééditer cette invitation.
- Le rendez-vous : il se prend chez un radiologue agréé, y compris en ligne sur le site JeFaisMonDépistage, géré par l'INCa et l'Assurance Maladie.
- L'examen : une mammographie (deux clichés par sein, de face et en oblique) et un examen clinique des seins par le radiologue.
- La double lecture : si les clichés sont jugés normaux, un second radiologue expert les relit. Cette étape, propre au dépistage organisé, permet de repérer environ 6 % des cancers dépistés.
- Le coût : l'examen est pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie, sans avance de frais.
La mammographie permet d'identifier de petites tumeurs encore impalpables, des microcalcifications (minuscules dépôts de calcium dans le tissu mammaire) ou des zones de densité suspecte. Les résultats définitifs arrivent en général sous deux semaines. Dans environ 910 cas sur 1 000, aucune anomalie n'est détectée et la femme est invitée à revenir deux ans plus tard. Une image à contrôler ne signifie pas forcément un cancer.
La dose de rayons X est très faible. Faux positifs et surdiagnostic (10 à 20 % selon les études) existent, mais entre 50 et 74 ans, les bénéfices l'emportent nettement. Après 74 ans, le dépistage n'est pas abandonné : il se décide au cas par cas avec le médecin.
Avant 50 ans : facteurs de risque, autopalpation et suivi médical
Avant 50 ans, la vigilance reste de mise. Dès 25 ans, un examen clinique des seins par un médecin ou une sage-femme est recommandé une fois par an. Certaines femmes présentent un risque élevé ou très élevé et bénéficient d'un suivi spécifique, parfois bien avant 50 ans : plusieurs cas de cancer du sein ou de l'ovaire dans la famille, une mutation génétique de type BRCA1 ou BRCA2, un antécédent personnel de cancer du sein ou une radiothérapie du thorax.
D'autres facteurs augmentent le risque de façon plus modérée : l'âge, des règles précoces ou une ménopause tardive, une première grossesse après 30 ans ou l'absence de grossesse, une forte densité mammaire ou certains traitements hormonaux de la ménopause. Le mode de vie pèse aussi dans la balance : l'alcool, même en petite quantité, le tabac, le surpoids après la ménopause et le manque d'activité physique. Selon l'INCa, agir sur ces facteurs permettrait de prévenir près de 20 000 cancers du sein chaque année.
Bonne nouvelle pour les jeunes mamans : l'allaitement fait partie des facteurs protecteurs, d'autant plus qu'il se prolonge. Si vous allaitez et qu'un examen est nécessaire, il reste tout à fait possible : nous détaillons les précautions dans notre article sur le cancer du sein, la mammographie et l'allaitement. Pendant la grossesse, la poitrine se transforme et une boule peut passer inaperçue. Le cancer du sein associé à la grossesse est rare, mais il existe : nous faisons le point dans notre article consacré à la grossesse et le cancer du sein.
Enfin, prenez l'habitude d'observer et de palper vos seins une fois par mois, idéalement quelques jours après les règles, lorsque la poitrine est moins tendue. Notre guide pour pratiquer l'autopalpation des seins vous montre les gestes pas à pas. Ce geste ne remplace pas la mammographie, mais il aide à repérer plus vite un changement.
Les signes d'alerte qui doivent faire consulter sans attendre
Le dépistage organisé vise les femmes qui n'ont aucun symptôme. Si vous remarquez une modification inhabituelle, n'attendez pas la prochaine invitation, quel que soit votre âge. Voici les signes à connaître :
- une boule dans le sein, souvent dure et indolore, qui ne disparaît pas après les règles ;
- une masse dure sous l'aisselle ou au-dessus de la clavicule ;
- une modification de la peau : rétraction, fossette, rougeur, œdème ou aspect de « peau d'orange » ;
- un mamelon qui se rétracte, change de couleur, suinte ou présente des croûtes ;
- un écoulement spontané en dehors de l'allaitement, surtout s'il est sanglant et ne concerne qu'un seul sein ;
- un changement récent de la taille ou de la forme d'un sein.
Un sein rouge, chaud et gonflé qui ne s'améliore pas doit toujours être vérifié. Chez une maman qui allaite, ces signes évoquent le plus souvent une mastite ou un engorgement. Mais s'ils persistent malgré le traitement, le médecin doit écarter un cancer inflammatoire, une forme rare qui évolue rapidement. Le plus souvent, ces symptômes ont une cause bénigne (kyste, adénofibrome, infection), mais seul un examen médical permet de trancher.
Vos questions fréquentes concernant le cancer du sein et son dépistage
1. Faut-il faire une mammographie chaque année dès 40 ans ?
Non, pas en l'absence de risque particulier. En France, la mammographie de dépistage est recommandée tous les deux ans entre 50 et 74 ans. Avant 50 ans, on conseille un examen clinique annuel des seins. Une mammographie n'est prescrite qu'en cas de symptôme ou de risque élevé, sur avis médical.
2. La mammographie est-elle douloureuse ?
La compression du sein peut être désagréable, mais elle ne dure que quelques secondes par cliché. Pour limiter l'inconfort, évitez de prendre rendez-vous dans les jours qui précèdent vos règles, quand les seins sont plus sensibles.
3. J'ai plus de 50 ans et je n'ai pas reçu mon invitation : que faire ?
Parlez-en à votre médecin traitant, qui peut désormais rééditer l'invitation, ou contactez votre caisse d'Assurance Maladie. Cette invitation vous permet de bénéficier de la prise en charge à 100 % et de la double lecture.
4. Peut-on passer une mammographie enceinte ou en allaitant ?
Pendant la grossesse, l'échographie est l'examen de première intention en cas d'anomalie. Une mammographie reste possible si elle est nécessaire, avec une protection de l'abdomen. Pendant l'allaitement, l'examen est réalisable : il est conseillé de donner le sein ou de tirer son lait juste avant, pour une poitrine moins dense et une image plus lisible.
5. Le cancer du sein est-il héréditaire ?
Dans la plupart des cas, non. Environ 5 à 10 % des cancers du sein sont liés à une prédisposition génétique, notamment aux gènes BRCA1 et BRCA2. Si plusieurs femmes de votre famille ont été touchées, surtout jeunes, parlez-en à votre médecin : il pourra vous orienter vers une consultation d'oncogénétique.
Octobre rose 2026 : le bon moment pour agir
Les chiffres de l'INCa le confirment : un cancer du sein repéré tôt se soigne mieux, souvent avec des traitements plus légers. Ce mois-ci, prenez quelques minutes pour vérifier la date de votre dernier examen clinique, palper vos seins et consulter au moindre doute. Et si des femmes de votre entourage ont entre 50 et 74 ans, encouragez-les à répondre à leur invitation : ce geste simple, pris en charge à 100 %, reste le moyen le plus efficace de faire reculer la mortalité de ce cancer.


