Cancer du sein, mammographie et allaitement

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Dois-je arrêter d'allaiter pour faire une mamographie ?

Vous allaitez votre bébé avec bonheur et voilà qu'une question vient troubler cette parenthèse : faut-il vraiment arrêter l'allaitement pour faire une mammographie de contrôle ?

 

Beaucoup de mamans se la posent, en particulier celles qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein et qui sont suivies de près. En ce mois d'Octobre rose, la réponse mérite d'être clarifiée : une mammographie est tout à fait possible pendant l'allaitement, à condition de bien la préparer.
Vous n'avez donc pas à choisir entre votre suivi médical et le plaisir de nourrir votre enfant.

 

Mammographie pendant l'allaitement : oui, c'est possible

Longtemps, de nombreux médecins ont conseillé d'attendre la fin de l'allaitement avant de prescrire une mammographie. Cette prudence ne repose pas sur un danger pour le bébé, mais sur une difficulté technique. Pendant la lactation, la glande mammaire est très développée et les canaux sont remplis de lait. Les seins apparaissent alors plus denses sur les clichés, ce qui peut gêner la lecture des images et masquer une petite anomalie.

Les recommandations internationales ont évolué. L'American College of Radiology et l'Academy of Breastfeeding Medicine indiquent clairement que la mammographie peut être réalisée chez une femme qui allaite, qu'il s'agisse d'un examen de dépistage chez une femme à risque ou d'un examen de diagnostic face à un symptôme. Les rayons X ne modifient ni la composition ni la qualité du lait maternel : ils ne « restent » pas dans le sein et ne passent pas dans le lait. Vous pouvez donc donner la tétée juste après l'examen.

La dose de rayonnement d'une mammographie est par ailleurs très faible, de l'ordre de ce que l'on reçoit naturellement en quelques semaines dans l'environnement. Pour la maman comme pour le bébé, il n'y a aucune précaution particulière à prendre après le passage dans la salle de radiologie. La vraie question n'est donc pas « est-ce dangereux ? », mais « comment obtenir des images de bonne qualité ? ».

 

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Conseils pratiques avant votre mammographie

Quelques gestes simples permettent de réduire la densité des seins et d'améliorer nettement l'interprétation des clichés. Ils rendent aussi l'examen plus confortable, car la compression d'un sein plein de lait peut être désagréable.

  • Videz vos seins juste avant l'examen, en donnant la tétée ou en tirant votre lait dans l'heure qui précède le rendez-vous.
  • Prévenez le secrétariat dès la prise de rendez-vous que vous allaitez, afin d'être orientée vers un radiologue habitué aux seins en lactation.
  • Apportez vos anciens clichés et comptes rendus : la comparaison avec un examen antérieur est précieuse pour le radiologue.
  • Évitez crème, déodorant et talc sur les seins et les aisselles le jour J, car ils peuvent créer des images parasites.
  • Portez un haut facile à retirer et prévoyez des coussinets d'allaitement, au cas où un peu de lait s'écoulerait pendant la compression.
  • Si vous avez une douleur, une rougeur ou une crevasse, signalez-le au manipulateur : la pression pourra être adaptée.

Si vous n'avez pas l'habitude d'exprimer votre lait, quelques essais à la maison les jours précédents vous aideront à être à l'aise le moment venu. Nos conseils pour tirer et conserver votre lait vous seront utiles, d'autant que le lait recueilli pourra être donné plus tard à votre bébé. Enfin, n'hésitez pas à venir accompagnée : la personne qui garde bébé en salle d'attente vous permettra de donner le sein juste avant d'entrer dans la salle d'examen.

 

Échographie, IRM, biopsie : les examens compatibles avec l'allaitement

La mammographie n'est pas le seul outil disponible. Selon votre âge, votre niveau de risque et la raison de l'examen, votre médecin peut privilégier ou associer d'autres techniques, toutes réalisables sans interrompre l'allaitement :

  • L'échographie mammaire est l'examen de première intention chez la femme qui allaite, surtout avant 40 ans. Sans rayons, elle distingue très bien un kyste d'une masse solide.
  • L'IRM mammaire est proposée aux femmes à haut risque, notamment en cas de mutation BRCA1 ou BRCA2. Le produit de contraste au gadolinium passe en quantité infime dans le lait et l'allaitement peut être poursuivi sans pause.
  • La biopsie, réalisée sous anesthésie locale, reste possible pendant la lactation. Le risque de fistule de lait existe mais il est rare.

Pendant l'allaitement, la grande majorité des boules découvertes dans le sein sont bénignes : canal lactifère bouché, engorgement localisé, mastite, galactocèle (petit kyste rempli de lait) ou adénome lactant. Un canal bouché ou une mastite s'améliorent généralement en quelques jours avec des tétées fréquentes et du repos. En revanche, une masse qui persiste plus de deux semaines doit être montrée à un professionnel de santé, sans attendre le sevrage. Notre article « J'ai eu un bébé et j'ai une boule dans le sein » détaille les causes les plus fréquentes et la conduite à tenir.

Lors de la consultation, exprimez clairement votre souhait de poursuivre l'allaitement. Les équipes de sénologie connaissent les protocoles adaptés et pourront organiser les examens en conséquence.

 

Antécédents familiaux : faut-il attendre la fin de l'allaitement ?

Si votre dernière mammographie date d'un an et qu'elle était normale, votre gynécologue peut tout à fait vous proposer de patienter jusqu'au sevrage pour le prochain contrôle. Cette option est raisonnable lorsque l'examen clinique est rassurant et qu'aucun symptôme n'est apparu. Le rythme de surveillance dépend en effet de votre niveau de risque : il est fixé au cas par cas, souvent annuel ou biennal chez les femmes ayant une mère ou une sœur touchée. En cas d'antécédents multiples dans la famille, une consultation d'oncogénétique permet d'évaluer précisément ce risque et d'adapter le suivi.

Attendre ne veut pas dire ne rien surveiller. Continuez à observer vos seins chaque mois, idéalement juste après une tétée, quand ils sont moins tendus. Une masse inhabituelle, une peau qui se rétracte ou prend un aspect de peau d'orange, un écoulement de sang par le mamelon ou un mamelon qui se rétracte doivent vous amener à consulter rapidement, quelle que soit la date de votre dernière mammographie.

Bonne nouvelle : l'allaitement joue en votre faveur. Une vaste analyse publiée dans The Lancet, portant sur plus de 140 000 femmes, a montré que le risque de cancer du sein diminue d'environ 4,3 % pour chaque année cumulée d'allaitement. Plusieurs mécanismes l'expliquent : baisse de l'exposition aux œstrogènes, remodelage de la glande mammaire et élimination de certaines cellules endommagées en fin de lactation. Chez les femmes dont la mère ou la sœur a eu un cancer du sein, l'étude américaine Nurses' Health Study II a même observé une réduction du risque de 59 % chez celles qui avaient allaité. Prolonger l'allaitement jusqu'au premier anniversaire de votre enfant, comme le permet l'allaitement prolongé, est donc un choix cohérent avec votre suivi.

 

Vos questions fréquentes concernant la mammographie pendant l'allaitement

 

1. Puis-je allaiter juste après une mammographie ?
Oui, immédiatement. Les rayons X ne passent pas dans le lait et ne modifient pas sa composition. Aucune pause n'est nécessaire, ni avant ni après l'examen.

 

2. Combien de temps attendre après le sevrage pour une mammographie de routine ?
Les radiologues conseillent souvent un délai d'environ trois mois après l'arrêt complet de l'allaitement, le temps que les seins retrouvent leur densité habituelle. En cas de symptôme, en revanche, l'examen ne doit jamais être différé.

 

3. Puis-je demander une échographie plutôt qu'une mammographie ?
Vous pouvez en parler à votre médecin. L'échographie est souvent l'examen de première intention pendant l'allaitement, mais elle ne remplace pas toujours la mammographie, qui repère mieux certaines petites calcifications. Les deux examens sont fréquemment associés.

 

4. L'injection de gadolinium pour une IRM oblige-t-elle à arrêter l'allaitement ?
Non. Moins de 0,04 % de la dose injectée passe dans le lait et le bébé n'en absorbe presque rien par voie digestive. Si vous le souhaitez, vous pouvez tirer votre lait avant l'examen pour avoir une réserve, mais ce n'est pas obligatoire.

 

5. Mes antécédents familiaux justifient-ils d'arrêter l'allaitement plus tôt ?
Non, au contraire. L'allaitement réduit le risque de cancer du sein, et cet effet semble encore plus marqué en cas d'antécédents familiaux. Une surveillance clinique régulière et le respect du calendrier fixé avec votre médecin suffisent dans la plupart des cas.

 

Conclusion

Allaiter et surveiller ses seins ne sont pas incompatibles. Une mammographie peut être réalisée pendant l'allaitement, sans danger pour votre bébé, à condition de vider vos seins juste avant et de prévenir le radiologue. L'échographie et l'IRM complètent la palette des examens possibles, sans interrompre les tétées. Si votre dernier bilan est récent et normal, patienter jusqu'au sevrage est une option tout à fait valable, à condition de rester attentive au moindre changement. Profitez sereinement de ces mois d'allaitement : ils contribuent aussi à protéger votre santé.

 

 

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