L'appel de la directrice, un mot dans le cahier, une autre maman qui vous attend à la sortie de l'école : on vous annonce que votre enfant harcèle un camarade. Le choc est brutal. La honte, la colère, le déni, l'envie de le défendre ou de le punir : toutes ces réactions sont normales.
Pourtant, ce que vous ferez dans les premiers jours compte énormément, pour l'enfant qui souffre, mais aussi pour le vôtre. À l'occasion de la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, voici comment réagir, ce que dit la loi, et comment aider votre enfant à changer.
D'abord, ne pas nier et ne pas banaliser
Le premier réflexe est souvent de défendre son enfant : « Il est gentil à la maison », « ce sont des histoires de cour de récréation », « l'autre est trop sensible ». Or, selon l'Éducation nationale, face à un enfant auteur de harcèlement, il s'agit de comprendre pourquoi il agit ainsi afin qu'il change de comportement, et il faut aussi que les violences cessent, pour l'enfant victime mais aussi pour lui-même. Un enfant qui harcèle n'est pas un « mauvais » enfant : il reproduit parfois ce qu'il subit, cherche à être accepté d'un groupe, à se protéger, à se faire valoir. Mais ses actes font souffrir quelqu'un, et il doit l'entendre.
Ne cherchez pas à tout prix à connaître la version de l'autre enfant. Écoutez celle de l'école, les faits précis (quoi, depuis quand, avec qui), puis parlez avec votre enfant.

Comment parler à son enfant sans le braquer
- Choisissez un moment calme, en tête à tête, pas devant la fratrie ni à chaud.
- Posez des questions ouvertes : « Raconte-moi ce qui se passe avec lui », plutôt que « Pourquoi as-tu fait ça ? ».
- Écoutez sans interrompre, même si ce que vous entendez est difficile.
- Dites clairement que ce comportement est inacceptable : ce que vous condamnez, ce sont les actes, pas l'enfant.
- Aidez-le à se mettre à la place de l'autre : « Comment crois-tu qu'il se sent quand on se moque de lui ? »
- Ne l'humiliez pas et évitez les punitions violentes : elles lui apprennent que la force règle les problèmes. Pour réfléchir aux sanctions utiles, relisez punitions, reproches et récompenses : comment punir l'enfant.
Il est possible que votre enfant minimise, nie ou se mette à pleurer. Ne le forcez pas à « avouer » tout de suite : revenez sur le sujet le lendemain, et dites-lui que vous êtes là pour l'aider à arrêter. Pour comprendre les comportements agressifs, notre article sur l'agressivité et la colère chez l'enfant donne des repères.
Travailler avec l'école
Le programme de lutte contre le harcèlement pHARe est généralisé à tous les établissements et à toutes les écoles depuis la rentrée 2021, et les établissements doivent prévenir et signaler les faits, mettre en place des mesures éducatives et disciplinaires et désigner un référent harcèlement. Concrètement :
- Répondez à la convocation de l'école et venez avec l'esprit ouvert.
- Demandez les faits précis, les dates et les personnes concernées.
- Proposez votre aide pour mettre fin à la situation, plutôt que de contester l'école.
- Convenez d'un suivi : un point régulier avec l'enseignant ou le référent.
- Évitez de contacter vous-même la famille de l'enfant harcelé sans passer par l'école : l'échange peut mal tourner. Si elle vous contacte, restez à l'écoute.
Ce que dit la loi
Depuis la loi du 2 mars 2022, le harcèlement scolaire est un délit pénal. Il est puni de peines qui augmentent lorsque la victime est mineure, lorsque les faits ont lieu en ligne ou en groupe, ou quand ils entraînent des conséquences graves sur la santé de la victime. Ne vous attendez pas pour autant à ce que chaque situation finisse devant un tribunal : dans la grande majorité des cas, les établissements privilégient des mesures éducatives. Mais cela signifie que le sujet ne peut pas être traité à la légère, et que les parents peuvent aussi voir leur responsabilité engagée. Si une procédure est engagée contre votre enfant, contactez un avocat ou une permanence d'aide juridique pour connaître vos droits, la loi s'appliquant de façon différente à un mineur.
Si les faits se passent sur les réseaux sociaux ou la messagerie, c'est du cyberharcèlement : notre article sur les réseaux sociaux et les moins de 15 ans et celui sur la sécurité en ligne vous aideront à poser des règles.
Où trouver de l'aide
- Le 30 20 : numéro national gratuit contre le harcèlement, qui propose écoute, conseil et orientation aux familles.
- Le 3018 : numéro gratuit et confidentiel contre le cyberharcèlement et les violences numériques, avec une application et un tchat. Vérifiez les horaires de service sur le site officiel.
- Votre médecin ou votre pédiatre : un enfant qui harcèle va parfois mal lui-même. Un psychologue peut l'aider à comprendre ce qui se joue.
- Le psychologue scolaire ou l'infirmière de l'école, accessibles gratuitement.
Prévenir la récidive : ce qu'on peut faire à la maison
Parlez régulièrement avec votre enfant de ce qu'il vit à l'école, de ses amitiés et de la façon dont il traite les autres. Valorisez ses efforts quand il se comporte avec bienveillance et soutenez son estime de soi : un enfant qui se sent valorisé a moins besoin de rabaisser les autres. Notre article sur comment favoriser l'estime de soi d'un enfant donne des pistes. Regardez aussi comment les conflits se règlent à la maison : un enfant apprend beaucoup en voyant comment ses parents gèrent les désaccords. Et pour mieux repérer les signaux chez les uns et les autres, relisez nos articles sur les signaux d'alerte du harcèlement scolaire et sur le harcèlement en primaire.
Vos questions fréquentes concernant un enfant qui harcèle
1. Mon enfant nie tout : que faire ?
Ne le forcez pas, mais ne tournez pas la page. Revenez sur le sujet calmement, appuyez-vous sur les faits donnés par l'école et dites-lui que vous voulez comprendre pour l'aider.
2. Dois-je m'excuser auprès de la famille de l'autre enfant ?
Passez d'abord par l'école, qui saura si et comment organiser un échange. Une démarche maladroite peut aggraver la situation.
3. Mon enfant a-t-il un problème psychologique ?
Pas nécessairement. Mais si son comportement agressif dure ou s'accompagne d'un mal-être, parlez-en à son médecin ou à un psychologue.
4. Peut-on changer l'enfant d'école ?
C'est parfois envisagé, mais cela ne règle pas le fond : l'important est d'aider l'enfant à comprendre et à changer de comportement, où qu'il soit.
5. Mon enfant a-t-il aussi été victime de harcèlement ?
C'est possible : certains enfants auteurs sont aussi victimes. Si vous avez un doute, notre article sur le harcèlement scolaire : identifier, intervenir et aider les enfants vous aidera à y voir clair.
Conclusion
Apprendre que son enfant harcèle un camarade est une épreuve, mais aussi une chance d'intervenir tôt. Ne niez pas, ne banalisez pas, ne l'humiliez pas : écoutez, posez des limites claires, travaillez avec l'école et aidez votre enfant à comprendre la souffrance qu'il a causée. Le 30 20 et le 3018 sont là pour vous conseiller, et un professionnel peut accompagner votre enfant si besoin. Un enfant qui est entendu et guidé peut changer.


