C'est un berceau qui ressemble à tous les autres, mais qui change beaucoup pour les familles qui le découvrent. La maternité du centre hospitalier de Tourcoing (Nord) vient de s'équiper d'un « Cuddle Cot », un berceau réfrigéré qui permet aux parents de garder auprès d'eux leur bébé décédé pendant plusieurs heures.
Elle est la première maternité des Hauts-de-France à le proposer, quelques jours après celles de Laval et de Château-Gontier, en Mayenne. Voici comment fonctionne ce dispositif, pourquoi il compte autant dans le deuil périnatal, et ce que vous pouvez demander à votre maternité si vous traversez cette épreuve.
Un berceau réfrigéré pour prendre le temps de dire au revoir
Annoncée le 24 octobre par le média local actu.fr, l'arrivée du Cuddle Cot à Tourcoing s'inscrit dans un mouvement encore discret en France. À première vue, l'équipement ressemble à un couffin de maternité classique. La différence se trouve sous le matelas : un système de refroidissement maintient le corps du bébé à basse température, ce qui ralentit les changements naturels après le décès.
Concrètement, cela permet aux parents de garder leur enfant dans leur chambre, de le prendre dans leurs bras, de l'habiller, de le photographier, de le présenter à leurs proches ou à la fratrie, sans être pressés par le temps. Sans ce type de berceau, le bébé doit souvent être confié rapidement à la chambre mortuaire, ce qui écourte ces moments que beaucoup de familles décrivent ensuite comme essentiels.
Le nom vient de l'anglais cuddle, « câlin ». Ces berceaux sont répandus depuis plusieurs années dans les hôpitaux britanniques et nord-américains. En France, ils restent rares, et leur arrivée dépend très souvent de la mobilisation de parents endeuillés et d'associations.

En Mayenne, le combat d'un père pour équiper les maternités
La semaine dernière, Le Média Positif racontait l'histoire de Thomas Ory, un jeune père angevin dont la fille est décédée une heure après sa naissance, fin octobre 2025. Pour que d'autres familles puissent passer plus de temps avec leur bébé, il a parcouru 120 kilomètres à vélo en août 2026 et récolté environ 6 000 euros avec l'association À Bras Cadabra, qui accompagne les familles touchées par le deuil périnatal. De quoi financer deux berceaux : l'un remis mi-octobre à la maternité du centre hospitalier de Laval, l'autre au centre hospitalier du Haut-Anjou, à Château-Gontier.
Un équipement complet (couffin, pièces de rechange et livraison) coûte autour de 3 840 euros, selon ce même article. Le souhait de ce papa : qu'un berceau réfrigéré soit disponible dans chaque maternité du pays. L'association À Bras Cadabra a d'ailleurs lancé une collecte en ligne dédiée à l'équipement de l'hôpital de Tourcoing.
Pourquoi ce temps auprès du bébé compte autant
Perdre un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou dans les jours qui suivent est une expérience d'une violence inouïe, souvent vécue dans un grand isolement. Les professionnels du deuil périnatal le répètent : pouvoir voir son enfant, le toucher, lui donner un prénom et créer des souvenirs aide de nombreux parents à reconnaître son existence et à entamer leur deuil. Une revue de la littérature scientifique menée à l'université de Barcelone a d'ailleurs conclu que ces berceaux étaient bénéfiques, à la fois pour les familles et pour les soignants, à condition d'être accompagnés de protocoles et d'une formation des équipes.
Ce temps n'est jamais une obligation. Certains parents ont besoin de plusieurs heures auprès de leur bébé, d'autres de quelques minutes, d'autres encore préfèrent ne pas le voir. Toutes ces réactions sont légitimes, et un parent peut aussi changer d'avis : il est souvent possible de revoir son enfant plus tard, en en parlant avec l'équipe. Si vous traversez cette situation, notre article sur comment continuer à vivre après un bébé mort-né peut vous accompagner.
Deuil périnatal : ce que vous pouvez demander à la maternité
Même sans berceau réfrigéré, la plupart des maternités ont mis en place un accompagnement spécifique. N'hésitez pas à exprimer vos souhaits, ou à demander à un proche de le faire pour vous :
- Prendre votre temps : demander à garder votre bébé auprès de vous dans la chambre, ou à le revoir plus tard ;
- Créer des souvenirs : photos, empreintes des mains et des pieds, mèche de cheveux, bracelet de naissance, vêtements. Certaines équipes et associations proposent des « boîtes à souvenirs » ;
- Associer la famille : faire venir le co-parent, les grands-parents, les frères et sœurs si vous le souhaitez ;
- Être accompagnée psychologiquement : la plupart des maternités disposent d'un psychologue, et les sages-femmes sont formées à ces situations ;
- Être informée sur les démarches : déclaration, prénom, funérailles, congés. Les règles varient selon le terme de la grossesse, et l'équipe ou l'assistante sociale de la maternité peut vous guider pas à pas.
Le deuil périnatal recouvre des situations très différentes : fausse couche, interruption médicale de grossesse, mort fœtale in utero ou décès à la naissance. Chacun de ces parcours mérite d'être reconnu, quelle que soit la durée de la grossesse. Pour mieux comprendre les causes et la prise en charge, vous pouvez lire notre dossier sur les bébés mort-nés.
Après le retour à la maison : ne pas rester seule
Le retour sans bébé est souvent l'un des moments les plus difficiles. Le corps, lui, vit un post-partum, avec parfois une montée de lait, des saignements, une grande fatigue. Psychologiquement, le chagrin peut s'accompagner de culpabilité, de colère, d'angoisse. Vous pouvez vous appuyer sur :
- votre sage-femme ou votre médecin, pour le suivi physique et le moral ;
- un psychologue, éventuellement via le dispositif Mon soutien psy ;
- les associations spécialisées dans le deuil périnatal, qui proposent écoute, groupes de parole et rencontres entre parents.
Plus tard, la perspective d'une nouvelle grossesse peut faire naître de nouvelles peurs. Notre article sur les bébés arc-en-ciel aborde cette période délicate. Si votre détresse devient trop lourde, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24.
Vos questions fréquentes concernant le Cuddle Cot et le deuil périnatal
1. Qu'est-ce qu'un Cuddle Cot ?
C'est un berceau équipé d'un système de refroidissement placé sous le matelas. Il maintient le corps d'un bébé décédé à basse température, ce qui permet aux parents de le garder auprès d'eux plus longtemps.
2. Combien de temps peut-on garder son bébé avec ce berceau ?
Plusieurs heures, selon les protocoles de chaque établissement. C'est l'équipe de la maternité qui définit les modalités avec les parents.
3. Toutes les maternités en sont-elles équipées ?
Non, le dispositif reste rare en France. Son arrivée dépend souvent de dons d'associations ou de familles. Vous pouvez demander lors de votre inscription ou à l'équipe si la maternité en dispose.
4. Est-on obligé de voir son bébé décédé ?
Non. C'est un choix personnel, sans bonne ou mauvaise réponse. Les équipes proposent, mais n'imposent pas, et il est souvent possible de changer d'avis.
5. Comment soutenir un proche qui a perdu son bébé ?
En lui disant simplement que vous pensez à lui et à son enfant, en nommant le bébé s'il a un prénom, et en proposant une aide concrète (repas, garde des aînés, courses) plutôt que des conseils.
Conclusion
De Laval à Tourcoing, l'arrivée des berceaux réfrigérés dans les maternités montre que le deuil périnatal sort peu à peu du silence. Ces quelques heures supplémentaires auprès de son bébé ne réparent rien, mais elles permettent à de nombreux parents de dire au revoir à leur rythme et de garder des souvenirs précieux. Si vous êtes concernée, n'hésitez pas à exprimer vos besoins à l'équipe soignante : vous avez le droit de prendre ce temps.


