Enceinte sous Ozempic ou Mounjaro ? Ce que révèle l'étude menée sur 19 000 grossesses

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Enceinte sous Ozempic ou Mounjaro ? Ce que révèle l'étude

Ozempic, Wegovy, Mounjaro… Les médicaments de la famille des GLP-1 sont aujourd'hui prescrits à des millions de personnes, et beaucoup de femmes en âge d'avoir un enfant se posent la même question : que se passe-t-il si l'on tombe enceinte sous traitement ?

Une étude menée à partir des données de santé françaises, publiée dans la revue Diabetologia et relayée par la presse le 22 octobre 2026, apporte une réponse plutôt rassurante sur le risque de malformations au premier trimestre, avec toutefois un signal à surveiller concernant le cœur. Voici ce qu'elle montre, ses limites, et ce qu'il faut faire si vous êtes concernée.

 

Ce que montre l'étude française sur les GLP-1 et la grossesse

Ce travail a été mené par des chercheurs de l'Université Paris Cité, de l'Inserm et de l'AP-HP (hôpitaux Cochin, Necker et Robert-Debré), avec la professeure Anick Bérard, de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine. Les chercheurs ont exploité le Système national des données de santé (SNDS), qui regroupe les remboursements de l'Assurance maladie.

Ils ont analysé 19 092 grossesses survenues entre 2011 et 2024 chez des femmes de 18 à 50 ans qui avaient un diabète de type 2 traité avant la grossesse. Ils ont comparé celles qui avaient reçu, en tout début de grossesse, un antidiabétique « de nouvelle génération » (agonistes du GLP-1, mais aussi d'autres familles comme les inhibiteurs du SGLT2) à celles traitées uniquement par insuline, le traitement de référence pendant la grossesse. Environ un tiers des femmes avaient reçu au moins un de ces médicaments au premier trimestre.

Le résultat principal : par rapport à l'insuline seule, ces traitements ne sont pas associés à un risque plus élevé de malformations congénitales majeures, ni globalement, ni organe par organe. Les malformations ont été recherchées pendant le séjour à la maternité et jusqu'au premier anniversaire de l'enfant.

 

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Un léger signal sur les malformations cardiaques

Les chercheurs ont aussi refait leurs calculs avec des critères d'exposition plus stricts. Dans ces analyses complémentaires, un risque légèrement accru de malformations cardiaques apparaît avec les GLP-1 et une autre famille d'antidiabétiques, les sulfamides hypoglycémiants.

Le chiffre peut impressionner : une hausse de 43 %. Mais il faut le replacer dans son contexte. Comme l'explique Anick Bérard à La Presse Canadienne, cela signifierait que le risque passerait d'environ 1 % à 1,43 %. « Je ne veux pas alarmer la population, c'est une très faible augmentation », souligne-t-elle. Les auteurs concluent prudemment qu'un faible risque cardiaque ne peut pas être exclu.

Pour mieux comprendre ces anomalies et la façon dont elles sont repérées pendant la grossesse, lisez notre article sur la cardiopathie congénitale chez le bébé.

 

Les limites à connaître avant de tirer des conclusions

  • L'étude concerne le diabète de type 2, pas la perte de poids. « On parle de femmes qui avaient un diabète de type 2 avant la grossesse, pas de femmes qui utilisaient les GLP-1 pour traiter l'obésité », précise Anick Bérard. Les résultats ne peuvent pas être transposés tels quels aux femmes sous Wegovy ou Mounjaro pour leur poids.
  • Seul le premier trimestre a été étudié, et seulement le risque de malformations. Les fausses couches, la prématurité, le poids de naissance ou le développement de l'enfant n'ont pas été évalués.
  • Certaines données manquaient, comme l'IMC ou l'équilibre du diabète (HbA1c), qui influencent eux-mêmes le risque de malformations.
  • L'exposition est déduite des délivrances en pharmacie : rien ne garantit que chaque femme a réellement pris son traitement.

Ces résultats rejoignent ceux d'une méta-analyse publiée cet été dans Scientific Reports : sur sept études et plus de 40 000 grossesses exposées aux GLP-1, aucune hausse significative des malformations n'a été retrouvée, mais avec un niveau de preuve jugé faible. Autrement dit : les données sont plutôt rassurantes en cas d'exposition involontaire, sans pour autant faire de ces médicaments un traitement recommandé pendant la grossesse.

 

Ce que disent les recommandations actuelles

Les recommandations ne changent pas avec cette étude. Les agonistes du GLP-1 sont déconseillés pendant la grossesse et en cas de projet de grossesse, faute de données suffisantes chez la femme enceinte. Les notices européennes prévoient de les arrêter au moins 2 mois avant une grossesse pour le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) et au moins 1 mois pour le tirzépatide (Mounjaro).

Chez les femmes qui ont un diabète de type 2, les lignes directrices françaises et canadiennes recommandent de passer à l'insuline avant une grossesse programmée. Le meilleur moment pour organiser ce relais, c'est la consultation préconceptionnelle, idéalement quelques mois avant d'arrêter la contraception. Un diabète bien équilibré avant la conception reste l'un des facteurs les plus protecteurs contre les malformations.

Si vous prenez un GLP-1 pour perdre du poids, l'arrêt avant la grossesse peut s'accompagner d'une reprise de poids. Une étude américaine publiée fin 2025 dans le JAMA a observé chez ces femmes une prise de poids plus importante pendant la grossesse et davantage de diabète gestationnel. Raison de plus pour en parler en amont avec votre médecin. Nos conseils sur la question : faut-il perdre du poids avant de concevoir un enfant ?

 

Enceinte sous Ozempic ou Mounjaro : que faire ?

Les médias anglo-saxons parlent de « bébés Ozempic » pour désigner ces grossesses arrivées par surprise sous traitement. Si cela vous arrive, voici les bons réflexes :

  • Ne paniquez pas : une exposition en tout début de grossesse n'est pas une raison, à elle seule, d'envisager une interruption de grossesse. Les données disponibles, dont cette étude française, sont plutôt rassurantes.
  • Contactez rapidement votre médecin (généraliste, endocrinologue ou gynécologue) ou votre sage-femme. C'est lui qui décidera de l'arrêt du GLP-1 et, si vous êtes diabétique, du relais par l'insuline.
  • N'interrompez pas un traitement du diabète sans avis médical : un diabète déséquilibré en début de grossesse est lui-même un facteur de risque de malformations.
  • Commencez l'acide folique si ce n'est pas déjà fait. Votre médecin peut adapter la dose selon votre situation. Plus d'infos dans notre article sur l'acide folique pendant la grossesse.
  • Signalez la prise du médicament à chaque professionnel qui vous suit. Il pourra s'appuyer sur les données du Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT) et adapter la surveillance, notamment lors de l'échographie morphologique du deuxième trimestre, qui examine en détail le cœur du bébé.

Pour tous les autres traitements, retrouvez nos repères sur les médicaments à éviter pendant la grossesse et sur comment prendre des médicaments en toute sécurité quand on est enceinte.

 

GLP-1 et contraception : le point à ne pas oublier

Si vous ne souhaitez pas de grossesse pour l'instant, une contraception efficace est indispensable sous GLP-1. Attention au tirzépatide (Mounjaro) : sa notice indique qu'il peut diminuer l'efficacité de la pilule. Il est conseillé d'utiliser une autre méthode, ou d'ajouter un préservatif, pendant 4 semaines après le début du traitement et après chaque augmentation de dose. Ces médicaments ralentissent aussi la vidange de l'estomac et peuvent provoquer des vomissements, qui gênent l'absorption de la pilule. Faites le point avec votre médecin ou votre pharmacien, et relisez nos explications sur l'efficacité de la pilule.

 

Vos questions fréquentes concernant Ozempic et la grossesse

1. Peut-on prendre Ozempic pendant la grossesse ?
Non. Les GLP-1 comme le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) sont déconseillés pendant la grossesse et doivent être arrêtés au moins 2 mois avant une grossesse programmée. En cas de diabète, l'insuline reste le traitement de référence.

2. J'ai découvert ma grossesse sous Ozempic, mon bébé risque-t-il une malformation ?
Les données disponibles, dont cette large étude française, ne montrent pas de hausse globale des malformations majeures après une exposition au premier trimestre. Un léger signal existe pour le cœur, d'environ 1 % à 1,43 %. Parlez-en rapidement à votre médecin, qui adaptera votre traitement et votre suivi.

3. Cette étude concerne-t-elle les femmes qui prennent Wegovy ou Mounjaro pour maigrir ?
Pas directement. Elle porte sur des femmes qui avaient un diabète de type 2. Les résultats ne peuvent pas être généralisés sans prudence aux traitements de l'obésité, pour lesquels les données pendant la grossesse sont encore limitées.

4. Combien de temps attendre après l'arrêt d'un GLP-1 pour concevoir ?
Selon les notices européennes, au moins 2 mois après l'arrêt du sémaglutide et au moins 1 mois après celui du tirzépatide. Le délai et le traitement de relais se discutent lors d'une consultation préconceptionnelle.

5. Peut-on allaiter sous GLP-1 ?
Les données sur le passage de ces médicaments dans le lait maternel sont très limitées, et ils ne sont généralement pas recommandés pendant l'allaitement. Si vous souhaitez reprendre un traitement après l'accouchement, parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme.

Conclusion

Cette étude française, menée sur près de 20 000 grossesses, est plutôt rassurante pour les femmes diabétiques exposées à un GLP-1 en tout début de grossesse : pas de hausse globale des malformations majeures, et un léger signal cardiaque qui reste très faible en valeur absolue. Les règles, elles, ne changent pas : ces médicaments s'arrêtent avant un projet de bébé, avec un relais organisé par le médecin, et une grossesse découverte sous traitement justifie une consultation rapide, sans affolement.

 

 

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