Le lithium présent dans l'eau du robinet pourrait-il jouer sur le cœur des enfants ? C'est la question soulevée par une étude américaine publiée le 13 octobre 2026 dans le Journal of Clinical Investigation et reprise cette semaine par la presse française. Des chercheurs de l'université de Californie à San Francisco (UCSF) ont observé davantage de diagnostics d'une anomalie rare du rythme cardiaque, le syndrome de Wolff-Parkinson-White, chez les enfants vivant dans les zones où l'eau contient le plus de lithium. De quoi inquiéter les futures mamans.
Avant de changer d'eau, voici ce que montre vraiment cette étude, ce qu'il en est en France et les bons réflexes pendant la grossesse et pour les biberons.
Ce que dit l'étude américaine
L'équipe du cardiologue Gregory Marcus a croisé les données de santé de plus de 2,3 millions d'enfants et d'adolescents californiens avec les concentrations de lithium mesurées dans l'eau potable de leur comté de résidence. Résultat :
- dans les comtés où le lithium dépasse le 75e percentile (le quart le plus élevé), les enfants ont environ 71 % de risque en plus d'avoir un diagnostic de syndrome de Wolff-Parkinson-White ;
- une tendance comparable a été retrouvée chez près de 2 millions d'enfants de l'État de New York, où le risque augmente au-delà de 10 microgrammes de lithium par litre ;
- un lithium plus élevé était aussi associé à davantage de tachycardies, de palpitations et de malaises chez les enfants.
Pourquoi ces chercheurs se sont-ils intéressés à la grossesse ? Parce que l'anomalie en cause se forme pendant le développement du cœur du fœtus, et parce qu'on sait depuis longtemps que le lithium pris comme médicament pendant la grossesse augmente le risque de certaines malformations cardiaques. L'idée était donc de vérifier si de petites quantités, ingérées via l'eau, pouvaient avoir un effet.

Un risque relatif, pas une raison de paniquer
Le chiffre de 71 % frappe, mais il doit être remis en perspective :
- Le risque absolu reste très faible : seuls 686 enfants sur plus de 2,3 millions avaient un diagnostic de Wolff-Parkinson-White, soit environ 3 enfants sur 10 000.
- Il s'agit d'une association statistique, pas d'une preuve : l'étude est dite « écologique », elle compare des comtés entre eux et non des enfants. Personne n'a mesuré ce que chaque mère a réellement bu pendant sa grossesse.
- D'autres facteurs, environnementaux ou génétiques, pourraient expliquer la différence entre les comtés.
Les auteurs eux-mêmes restent prudents. « C'est une étape intéressante, car elle désigne un facteur environnemental potentiellement modifiable, mais il faut davantage de recherches pour savoir si le lithium contribue réellement » à cette anomalie, souligne Gregory Marcus. Selon l'UCSF, ces résultats ne doivent pas faire douter de la sécurité de l'eau du robinet, y compris pour les femmes enceintes.
Le syndrome de Wolff-Parkinson-White, c'est quoi ?
Normalement, l'impulsion électrique qui fait battre le cœur passe des oreillettes aux ventricules par un seul chemin. Dans le syndrome de Wolff-Parkinson-White, il existe une voie électrique supplémentaire, présente dès la naissance. Beaucoup de personnes concernées n'ont aucun symptôme et l'anomalie est découverte par hasard sur un électrocardiogramme. Chez d'autres, cette voie provoque des crises de cœur très rapide (tachycardie), qui se traitent bien : médicaments, ou geste par cathéter chez l'enfant plus grand et l'adulte.
Chez un nourrisson, une crise de tachycardie peut se manifester par :
- une pâleur ou un teint grisâtre ;
- une respiration rapide, des sueurs ;
- un bébé qui refuse de téter ou de boire son biberon ;
- une irritabilité inhabituelle ou au contraire une somnolence anormale.
Devant ces signes, consultez sans attendre ou appelez le 15. Un pédiatre peut entendre une anomalie du rythme lors d'un examen de routine : en cas de doute, il prescrira un électrocardiogramme. Pour les autres particularités cardiaques fréquentes et le plus souvent bénignes chez le nourrisson, lisez notre article sur le souffle au cœur de bébé.
Et en France, que contient l'eau du robinet ?
Le lithium est un métal présent naturellement dans les sols et les eaux souterraines, en quantité très variable selon la géologie. Selon l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), l'eau du robinet en France contient entre 0,1 et 171 microgrammes de lithium par litre selon les régions. Il n'existe pas aujourd'hui de norme de qualité spécifique au lithium dans l'eau potable, ni en France ni aux États-Unis, et l'Ineris estime que les niveaux mesurés ne permettent pas de conclure à un risque pour la santé.
Pour connaître la qualité de l'eau de votre commune, vous pouvez consulter les résultats du contrôle sanitaire sur le site du ministère de la Santé (eaupotable.sante.gouv.fr) ou les affichages en mairie. Ces analyses portent sur les paramètres réglementés : le lithium n'y figure généralement pas.
Enceinte : faut-il changer d'eau ?
À ce stade, aucune autorité sanitaire ne recommande aux femmes enceintes d'arrêter de boire l'eau du robinet à cause du lithium. L'eau du robinet reste l'un des aliments les plus contrôlés en France. Quelques repères utiles :
- Buvez suffisamment, environ 1,5 litre par jour, davantage s'il fait chaud. Revoyez nos conseils sur la quantité d'eau à boire enceinte.
- Variez les eaux si vous buvez de l'eau en bouteille : certaines eaux minérales très minéralisées, notamment gazeuses, contiennent naturellement plus de minéraux, et parfois du lithium. Les alterner avec une eau peu minéralisée ou l'eau du robinet évite de consommer toujours la même composition.
- Laissez couler l'eau quelques secondes le matin ou après une absence, et utilisez l'eau froide pour boire et cuisiner.
- Pour comprendre les différences, consultez notre article eau minérale ou eau du robinet.
Vous prenez du lithium comme traitement ? N'arrêtez pas seule
Le lithium médicament, prescrit notamment dans les troubles bipolaires, apporte des doses sans commune mesure avec celles de l'eau. Son usage pendant la grossesse est encadré car il peut augmenter le risque de malformations cardiaques. Mais un arrêt brutal expose à une rechute, dangereuse pour la mère comme pour le bébé. Si vous êtes sous lithium et envisagez une grossesse, ou si vous venez d'apprendre que vous êtes enceinte, parlez-en rapidement à votre psychiatre et à votre gynécologue : ils adapteront le traitement et le suivi (échographies cardiaques fœtales notamment). Notre article sur les médicaments pendant la grossesse en toute sécurité rappelle les règles de base.
Et pour les biberons ?
En France, les biberons peuvent être préparés avec l'eau du robinet si elle est conforme et non traitée par un adoucisseur ou une carafe filtrante, en utilisant l'eau froide après l'avoir laissée couler. Sinon, choisissez une eau en bouteille portant la mention « convient pour la préparation des aliments des nourrissons », faiblement minéralisée. Évitez les eaux gazeuses et très minéralisées pour bébé. Le pas-à-pas est détaillé dans notre article comment préparer le biberon de bébé.
Vos questions fréquentes concernant le lithium dans l'eau et la grossesse
1. L'étude prouve-t-elle que le lithium de l'eau abîme le cœur des bébés ?
Non. Elle montre une association entre les comtés où l'eau contient le plus de lithium et un nombre plus élevé de diagnostics d'une anomalie du rythme cardiaque. Elle ne mesure pas l'exposition de chaque mère et ne démontre pas de lien de cause à effet.
2. Dois-je passer à l'eau en bouteille pendant ma grossesse ?
Ce n'est pas recommandé à ce stade. L'eau du robinet est très contrôlée en France. Si vous préférez l'eau en bouteille, alternez plusieurs marques et privilégiez les eaux peu minéralisées.
3. Les carafes filtrantes éliminent-elles le lithium ?
Leur efficacité sur le lithium n'est pas démontrée. Mal entretenues, elles peuvent en outre favoriser le développement de bactéries. Elles sont déconseillées pour préparer les biberons.
4. Le syndrome de Wolff-Parkinson-White est-il grave chez l'enfant ?
Le plus souvent non. Beaucoup d'enfants n'ont aucun symptôme. En cas de crises de tachycardie, des traitements efficaces existent. Un suivi par un cardiologue pédiatre est alors proposé.
5. Comment savoir si mon bébé a un problème de rythme cardiaque ?
Pâleur, respiration rapide, sueurs, refus de boire ou bébé anormalement grognon ou somnolent doivent faire consulter rapidement. Le pédiatre peut prescrire un électrocardiogramme en cas de doute.
Conclusion
Cette étude américaine ouvre une piste de recherche intéressante, mais elle ne justifie pas de bouleverser vos habitudes : le risque absolu reste infime et aucun lien de cause à effet n'est démontré. Pendant la grossesse, l'essentiel ne change pas : bien s'hydrater, varier ses eaux si l'on boit en bouteille, et parler à son médecin de tout traitement en cours. D'autres travaux, dans d'autres pays, diront si le lithium de l'eau mérite une surveillance particulière.


