Épisiotomie : seulement si nécessaire

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Femme enceinte qui se fait ausculter

En France, l’épisiotomie est une pratique encore courante dans nombre de maternités. Toutefois, des études scientifiques jettent le doute sur leur efficacité et leur besoin réels.


Dans notre pays, 44 mamans sur 100 subissent une épisiotomie *, une incision chirurgicale du périnée facilitant la sortie du bébé. Cependant, plusieurs études ont montré que cette pratique est d'une utilité douteuse dans de nombreuses circonstances. Par conséquent, il ne faut jamais la faire de manière routinière.

En quoi consiste l'épisiotomie?

On fait une épisiotomie lorsque l'expulsion est presque terminée et que la tête du bébé apparaît.

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L'épisiotomie consiste à couper le périnée (le tissu de muscles et de tendons entre le vagin et l'anus) quand il est déjà tendu et que son épaisseur est moindre. L'objectif est d'élargir l'orifice de sortie.

Sur le coup, l'épisiotomie est indolore car, avant de couper, on pratique une anesthésie. Avec une aiguille fine et longue, on fait quatre ou cinq piqûres à côté du périnée.

Il existe deux types d'incision selon l'anatomie féminine:

- La plus courante est l'incision «médio-latérale » qui consiste à réaliser la coupe en partant de la « fourche », le point de fusion entre les petites lèvres, dans la partie inférieure du vagin, et on la réalise de manière latérale, vers la fesse droite. C'est celle qui nécessite le plus d'efforts car l'incision affecte les structures musculaires.

- L'alternative s'appelle l'incision « médiane » et consiste à faire l'incision depuis la connexion de la vulve postérieure directement vers l'anus. Ce type d'épisiotomie respecte mieux l'anatomie de la femme car elle n'affecte que la structure du tendon. Cependant, elle peut provoquer des troubles en rapport avec le maintient du sphincter anal.

Après la naissance de l'enfant, l'incision est recousue avec des points internes et résorbables.

Moins d'épisiotomies par respect pour la femme

Dans de nombreuses maternités, c'est une pratique que l'on donne pour acquise. Pour le personnel médical de ces centres, il s'agit juste de faire une incision et de recoudre. Cependant, pour la nouvelle maman, cette intervention est perçue de manière différente car elle peut laisser des traces irréversibles.

- Des dizaines de milliers de mères souffrent inutilement de cette incision, ainsi que de ses conséquences qui influent sur leur vie sexuelle.

- L'épisiotomie de routine doit être évitée, non seulement parce que, dans certains cas, elle n'est pas utile, mais aussi par respect envers les femmes. Il est vrai que si on ne fait pas cette incision, les déchirures des zones antérieures du vagin, des petites lèvres ou légèrement au-dessus peuvent augmenter. Mais ce sont des déchirures spontanées, souvent peu profondes, et qui cicatrisent tout seules, sans point, car l'anatomie se respecte elle-même.

Les experts s'interrogent sur les avantages de l'épisiotomie

La dernière révision critique, publiée en 2005 dans la revue scientifique Journal of the American Medical Association (JAMA) a analysé les études menées en anglais sur ce sujet entre 1950 et 2004. L'objectif était de comparer l'épisiotomie de routine avec un usage restreint, en termes de gravité des déchirures périnéales et de douleur provoquée.

Résultat:

1/ Lorsque l'épisiotomie est réalisée de façon systématique, les effets ne sont pas meilleurs. Les recherches existantes n'ont même pas réussi à démontrer les avantages hypothétiques liés à la prévention d'une possible incontinence ou d'une descente d'organes à long terme.

2/ Il n'existe aucune preuve que l'incision réduit la probabilité de ressentir des douleurs lors de la reprise des relations sexuelles. Au contraire, dans de nombreux cas, les femmes qui ont eu une incision sont justement celles qui souffrent le plus.

3/ La conclusion des chercheurs est que les preuves existantes ne confirment pas les avantages de l'épisiotomie pour les mamans. Certaines peuvent même souffrir de conséquences plus graves avec une épisiotomie qu'avec une déchirure spontanée.

Alors, comment l'éviter? Il est conseillé de discuter de la question avec le gynécologue ou de se renseigner pendant les cours de préparation à l'accouchement. Il existe des exercices et des dispositifs spécifiques qui aident à rendre le périnée plus élastique.

Quand l'épisiotomie est indispensable...

L'épisiotomie est une intervention chirurgicale et, en tant que tel, elle doit être réalisée selon des indications précises.

Il existe peu de cas où elle est inévitable. L'un des plus courants est l'accouchement avec instruments au cours duquel on utilise la ventouse ou les forceps pour permettre la naissance du bébé. La pression mécanique rend l'incision nécessaire pour empêcher des déchirures trop importantes.

Lorsque le tissu est très mince à la suite d'une épisiotomie précédente mal cicatrisée, il est préférable d'effectuer une intervention chirurgicale. Il en va de même si la vulve est très petite ou l'enfant trop grand, car cela pourrait déchirer le rectum.

On peut également utiliser l'épisiotomie pour accélérer la naissance, mais seulement s'il y a souffrance fœtale. Il ne faut jamais être trop pressé: respecter la durée de l'accouchement sert à éviter les complications. D'ailleurs, avec la rupture manuelle des membranes et l'administration d'ocytocine de routine, l'épisiotomie appartient à la tradition de l'accouchement médical assisté, une habitude obstétricale interventionniste qui, peu à peu, fait place à une approche plus naturelle qui laisse à la maman le rôle central et actif qui lui revient.

* Source : Enquête Nationale Périnatale de 2010 : http://www.sante.gouv.fr/enquete-nationale-perinatale-2010.html

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