La mammographie reste aujourd'hui l'examen de référence pour détecter précocement le cancer du sein, le cancer le plus fréquent chez la femme en France.
Cette radiographie des seins permet de repérer des anomalies de quelques millimètres, bien avant qu'elles ne deviennent palpables. Or, détecté à un stade précoce, un cancer du sein se guérit dans 9 cas sur 10.
Qui peut vous examiner et vous prescrire cet examen, comment se déroule-t-il, comment lire la classification ACR et que se passe-t-il si une anomalie est repérée ? Voici l'essentiel à connaître pour aborder ce rendez-vous sereinement.
Mammographie : pourquoi cet examen reste indispensable
La mammographie utilise de faibles doses de rayons X pour obtenir des images détaillées de la glande mammaire. Elle excelle dans la détection des petites lésions non palpables et des microcalcifications, parfois le tout premier signe d'un cancer débutant. Sa lecture est plus délicate lorsque les seins sont très denses, ce qui est fréquent chez les femmes jeunes : le radiologue précise alors la densité mammaire (de A à D) dans son compte rendu et peut compléter par une échographie.
Les chiffres justifient cette vigilance. L'Institut national du cancer estime à 61 214 le nombre de nouveaux cas en 2023, et une femme sur huit sera concernée au cours de sa vie. L'incidence progresse dans toutes les tranches d'âge, y compris chez les femmes de moins de 50 ans.
Le programme national de dépistage organisé invite toutes les femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme ni facteur de risque particulier, à réaliser une mammographie tous les deux ans. Le courrier d'invitation, envoyé à domicile ou sur le compte ameli, fait office d'ordonnance : l'examen est pris en charge à 100 % sans avance de frais. Pourtant, moins d'une femme concernée sur deux y participe. Saisie par le ministère de la Santé, la Haute Autorité de santé évalue actuellement l'intérêt d'élargir ces bornes d'âge, avec des conclusions attendues fin 2026.
En cas de risque élevé (mutation BRCA1 ou BRCA2, antécédents familiaux marqués, antécédent personnel de cancer du sein), un suivi individualisé est mis en place : consultation d'oncogénétique, examens plus précoces et plus fréquents, souvent associés à une IRM mammaire. Enfin, en dehors de tout dépistage, une mammographie dite diagnostique est prescrite à tout âge devant un signe d'alerte : nodule, écoulement ou rétraction du mamelon, fossette ou aspect en peau d'orange, ganglion sous l'aisselle.

Sage-femme, gynécologue, médecin traitant : l'examen clinique annuel dès 25 ans
La mammographie n'est qu'un volet du suivi. Dès 25 ans, il est recommandé de faire réaliser un examen clinique des seins chaque année, par observation et palpation. Il permet de repérer des anomalies que les rayons X peuvent manquer, comme une masse dans un sein dense, une modification de la peau ou un ganglion. Avant 50 ans, en l'absence de facteur de risque, c'est d'ailleurs le principal outil de surveillance.
Trois professionnels peuvent assurer ce suivi : le médecin traitant, le gynécologue et la sage-femme. Celle-ci est souvent méconnue dans ce rôle, alors qu'elle peut assurer des consultations de prévention et de suivi gynécologique en dehors de toute grossesse. Elle examine les seins, prescrit si besoin une mammographie ou une échographie, oriente vers un radiologue et adresse sa patiente à un médecin si une pathologie est suspectée. Pour une jeune maman déjà suivie par une sage-femme pendant la grossesse, c'est un interlocuteur naturel, notamment lors de la consultation postnatale.
Entre deux rendez-vous, prenez l'habitude d'observer et de palper vos seins une fois par mois, idéalement juste après les règles. Pour adopter les bons gestes, consultez notre guide de l'auto-palpation des seins. Une boule, une rougeur persistante, un écoulement ou un changement de forme doivent conduire à consulter sans attendre la prochaine invitation au dépistage.
Comment se déroule une mammographie et pourquoi une double lecture ?
L'examen dure en général moins de 15 minutes. Le sein est placé dans le mammographe et légèrement comprimé entre deux plaques. Cette compression, parfois inconfortable mais brève, réduit l'épaisseur du sein : elle diminue la dose de rayons X et améliore la netteté des images. Deux clichés sont réalisés pour chaque sein, de face et en oblique, soit quatre images au total. Évitez de mettre du déodorant, du talc ou de la crème sur les seins et les aisselles le jour de l'examen, car ces produits peuvent laisser des traces sur les clichés.
Dans le cadre du dépistage organisé, le radiologue réalise aussi un examen clinique de vos seins. Si une zone mérite d'être précisée, il peut effectuer immédiatement des clichés complémentaires (agrandissement, autres incidences) ou une échographie mammaire, très utile pour analyser un nodule et distinguer un kyste liquidien d'une masse solide.
Autre garantie du dispositif : toute mammographie jugée normale est relue par un second radiologue expert, au sein du centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC). Cette seconde lecture permet de détecter environ 6 % de cancers supplémentaires, passés inaperçus lors de la première analyse. Elle n'est pas systématique en dehors du dépistage organisé, ce qui constitue un argument de poids en faveur de ce programme.
Si vous allaitez ou venez d'accoucher, la mammographie reste possible, même si les seins sont plus denses et l'interprétation plus délicate. Pour en savoir plus, lisez notre article sur le cancer du sein, la mammographie et l'allaitement.
Résultats ACR et parcours en cas d'anomalie
Les résultats sont exprimés selon la classification BI-RADS de l'American College of Radiology (ACR), un langage commun qui détermine la conduite à tenir :
- ACR 0 : examen incomplet, des investigations complémentaires ou une comparaison avec d'anciens clichés sont nécessaires.
- ACR 1 : mammographie normale, surveillance habituelle.
- ACR 2 : anomalie bénigne (kyste, ganglion, calcification vasculaire), aucun examen complémentaire.
- ACR 3 : anomalie probablement bénigne (plus de 97 % des cas), contrôle rapproché à 3 ou 6 mois.
- ACR 4 : anomalie suspecte (sous-classée 4a, 4b ou 4c), une biopsie est nécessaire.
- ACR 5 : anomalie très évocatrice d'un cancer, biopsie indispensable.
- ACR 6 : cancer déjà confirmé, classification utilisée pendant le traitement.
Cette classification décrit l'aspect radiologique des images, pas un diagnostic. Un résultat ACR 4 ne signifie pas que vous avez un cancer : une grande partie des biopsies réalisées révèlent des lésions bénignes. Lorsqu'une anomalie est repérée, le parcours suit plusieurs étapes :
- Le bilan diagnostique immédiat : clichés complémentaires et échographie, souvent réalisés le jour même.
- La biopsie percutanée : sous anesthésie locale, guidée par échographie ou par stéréotaxie, pour prélever quelques fragments de tissu.
- L'analyse anatomopathologique : le résultat est généralement disponible en une semaine environ et seul cet examen confirme ou écarte un cancer.
- La consultation d'annonce : en cas de cancer, le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire afin de proposer un traitement adapté.
Si l'anomalie est découverte lors de la seconde lecture, le centre de coordination vous contacte, ainsi que votre médecin, pour organiser ce bilan. N'hésitez pas à vous faire accompagner et à poser toutes vos questions : votre médecin traitant, votre gynécologue ou votre sage-femme restent vos interlocuteurs tout au long de ce parcours.
Vos questions fréquentes concernant la mammographie
1. La mammographie est-elle douloureuse ?
La compression peut être inconfortable, voire légèrement douloureuse, mais elle ne dure que quelques secondes par cliché. Pour limiter la gêne, évitez de programmer l'examen juste avant vos règles, lorsque les seins sont plus sensibles.
2. La mammographie détecte-t-elle tous les cancers ?
Non. Elle détecte la grande majorité des cancers du sein sans symptôme, mais certaines lésions peuvent passer inaperçues, surtout sur des seins denses. C'est pourquoi la double lecture, l'examen clinique annuel et la vigilance entre deux examens restent essentiels.
3. Dois-je apporter mes anciens clichés ?
Oui. La comparaison avec les examens précédents aide le radiologue à repérer une modification récente et affine son interprétation.
4. Peut-on faire une mammographie avec des prothèses mammaires ?
Oui, les prothèses ne sont pas une contre-indication. Signalez-les simplement au radiologue, qui adaptera la technique avec des clichés spécifiques pour visualiser le tissu situé autour de l'implant.
5. Peut-on passer une mammographie enceinte ?
En cas de symptôme, une mammographie peut être réalisée pendant la grossesse avec une protection abdominale, la dose reçue par le fœtus étant très faible. L'échographie reste toutefois l'examen de première intention chez la femme enceinte.
6. Combien de temps faut-il attendre les résultats ?
Le radiologue vous communique un premier résultat le jour même. Après la seconde lecture, le résultat définitif vous parvient généralement sous deux semaines. En cas d'anomalie, vous êtes contactée plus rapidement.
Conclusion
La mammographie demeure l'examen de référence pour dépister le cancer du sein à un stade où il se soigne le mieux. Associée à un examen clinique annuel dès 25 ans, réalisé par votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme, et à l'auto-palpation régulière, elle forme un suivi complet. Le dépistage organisé, gratuit et sécurisé par une double lecture, reste la meilleure façon de ne pas passer à côté d'un cancer débutant. Si vous avez reçu votre invitation, prenez rendez-vous sans tarder, et si un résultat vous inquiète, sachez que la grande majorité des anomalies explorées se révèlent bénignes.


