Smartphones, tablettes, télévisions, consoles : les écrans sont partout, et les enfants y sont exposés de plus en plus tôt. Face à un consensus scientifique de plus en plus solide sur les risques d'une exposition précoce et excessive, la France a franchi un cap décisif ces deux dernières années.
Le rapport de la commission présidentielle d'experts publié en avril 2024, suivi d'un arrêté ministériel entré en vigueur en juillet 2025, ont transformé les recommandations en obligations — du moins dans les lieux d'accueil de la petite enfance. En 2026, les repères sont clairs, officiels et intégrés au carnet de santé de chaque enfant depuis janvier 2025. Voici tout ce que vous devez savoir.
Ce que dit le rapport officiel : 29 recommandations et un consensus scientifique inédit
Tout commence en janvier 2024, quand le président de la République mandate une commission de dix experts — pédiatres, neuropsychologues, spécialistes du développement de l'enfant — pour évaluer l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans. Après trois mois de travail, plus de 150 rencontres avec des jeunes et 100 professionnels de santé et d'éducation, la commission rend ses conclusions le 30 avril 2024. Son verdict est sans ambiguïté : « un consensus scientifique net se dégage sur les conséquences néfastes des écrans sur la santé des enfants ».
Le rapport, intitulé Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu, formule 29 recommandations organisées autour de six axes. Parmi les plus importantes pour les parents de jeunes enfants : zéro écran avant 3 ans, usage exceptionnel et toujours accompagné entre 3 et 6 ans, pas de téléphone portable avant 11 ans, pas d'accès à internet depuis un smartphone avant 13 ans, et interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. Le rapport insiste sur la nécessité d'une réponse collective — pas seulement familiale — car les enfants sont exposés à une offre numérique conçue pour capter et retenir leur attention de façon addictogène.
Les risques identifiés par le rapport sont multiples et documentés : troubles du sommeil liés à la lumière bleue des écrans, sédentarité et prise de poids associée, retard de langage chez les bébés exposés trop tôt, déficit d'attention, myopie en progression forte, et risques psychosociaux à l'adolescence. Ces risques sont directs — liés à l'exposition elle-même — mais aussi indirects, car le temps passé devant un écran est du temps soustrait au jeu libre, aux interactions humaines et aux activités de plein air, toutes essentielles au développement de l'enfant.
Pour mieux comprendre comment le développement de votre enfant s'articule avec son environnement numérique, consultez notre dossier sur l'intelligence émotionnelle et le développement de l'enfant.

Ce qui a changé en 2025 : de la recommandation à l'interdiction
La grande nouveauté de l'année 2025, qui structure encore le débat en 2026, est le passage de la recommandation à l'obligation légale dans les lieux d'accueil de la petite enfance. Depuis le 3 juillet 2025, un arrêté modifiant la Charte nationale pour l'accueil du jeune enfant interdit formellement d'exposer un enfant de moins de 3 ans à un écran dans les crèches, haltes-garderies et chez les assistantes maternelles. Le texte de la charte indique désormais noir sur blanc qu'il est « interdit d'exposer un enfant de moins de 3 ans devant un écran (smartphone, tablette, ordinateur, télévision) compte tenu des risques pour son développement ». Auparavant, la charte indiquait simplement que ce n'était « pas recommandé » — une formulation beaucoup plus douce, et largement ignorée.
Autre changement majeur : depuis janvier 2025, les repères d'âge sur les écrans sont désormais intégrés au carnet de santé de l'enfant distribué à chaque naissance. Cette décision vise à les rendre incontournables lors des consultations pédiatriques et à ouvrir le dialogue entre les professionnels de santé et les parents dès les premières semaines de vie. En France, le défi « Vingt jours sans écrans », lancé en mai 2025, a rassemblé des dizaines de milliers de jeunes qui se sont engagés à supprimer les écrans de loisir sur cette période. Son succès montre que la prise de conscience est bien réelle chez les familles.
Les recommandations par âge en 2026 : le guide pratique pour les parents
Les recommandations officielles convergent désormais entre les autorités françaises, l'OMS, l'American Academy of Pediatrics (AAP) et la Société canadienne de pédiatrie. Voici le tableau de bord clair par tranche d'âge :
- Avant 3 ans : zéro écran — y compris en « bruit de fond ». La télévision allumée dans la pièce compte comme une exposition. À cet âge, le cerveau de l'enfant se développe à une vitesse exceptionnelle et a besoin d'interactions réelles, de jeu libre et de stimulations sensorielles concrètes pour construire ses bases neurologiques. L'écran, même passif, capte l'attention sans offrir en retour les interactions sociales dont le nourrisson a besoin pour apprendre.
- De 3 à 6 ans : usage exceptionnel, limité à des contenus de qualité éducative, toujours accompagné par un adulte et dans un cadre temporellement défini. La règle 3-6-9-12 du psychiatre Serge Tisseron — pas de télévision avant 3 ans, pas de console avant 6 ans, internet accompagné dès 9 ans, autonomie à 12 ans — reste une référence largement utilisée par les pédiatres français.
- De 6 à 11 ans : usage modéré et progressif, avec un accompagnement parental renforcé. L'OMS et les directives canadiennes recommandent un maximum de 1 heure par jour pour les 2-5 ans, et 2 heures pour les enfants d'âge scolaire. En France, la commission préconise une progression en fonction de la maturité de l'enfant, avec des règles familiales claires (pas d'écran le matin avant l'école, pas d'écran pendant les repas, pas d'écran dans la chambre).
- Pas de téléphone portable avant 11 ans, pas de téléphone avec internet avant 13 ans, pas de réseaux sociaux avant 15 ans.
Ces repères ne sont pas des dogmes intangibles — ils sont des guides pour aider les parents à structurer des habitudes numériques saines dès le plus jeune âge. L'important n'est pas de sanctionner les dépassements occasionnels, mais d'installer des rituels du quotidien qui donnent aux écrans une place proportionnée et choisie, plutôt que subie.
Comment mettre ces recommandations en pratique au quotidien ?
Connaître les recommandations est une chose. Les appliquer dans le quotidien d'une famille avec un bébé ou un jeune enfant en est une autre, surtout quand les parents sont fatigués, débordés, ou que les grands-parents ont des habitudes différentes. Voici quelques leviers concrets issus des préconisations de la commission et des pédiatres de terrain.
La première règle est de ne jamais utiliser l'écran comme outil de régulation émotionnelle — ni pour calmer bébé, ni pour gérer une crise, ni pour permettre à un parent épuisé de souffler. Cette habitude, compréhensible en situation de stress, s'installe très vite et conditionne le cerveau de l'enfant à associer écran et apaisement. À long terme, elle complique l'apprentissage de la régulation émotionnelle autonome. Mieux vaut s'équiper d'autres outils : musique douce, doudou, câlin, promenade.
La deuxième règle porte sur les repas : les repas sont un espace de lien familial et d'apprentissage du langage. Un écran allumé pendant le repas réduit les échanges verbaux, perturbe le sentiment de satiété et décourage l'exploration alimentaire chez l'enfant. Il est possible d'instaurer une règle simple et non négociable : pas d'écran à table, pour les enfants comme pour les adultes.
La troisième règle, souvent méconnue, concerne les propres usages des parents en présence de bébé. Un parent qui consulte son smartphone fréquemment en présence de son nourrisson réduit la qualité de l'interaction disponible. Les nourrissons apprennent à parler, à comprendre les émotions et à réguler leur comportement en lisant les visages de leurs parents — pas les écrans. Mettre son téléphone en mode "ne pas déranger" pendant les moments d'éveil partagé est l'un des gestes les plus simples et les plus efficaces.
Retrouvez nos conseils sur l'organisation du quotidien avec bébé pour créer des routines équilibrées dans notre article sur le sommeil de bébé et les rituels apaisants sans écran.
Vos questions fréquentes concernant le temps d'écran des enfants en 2026
1. Un bébé peut-il regarder des dessins animés dès 18 mois si ce sont des contenus éducatifs ?
Non, selon les recommandations officielles françaises et internationales. Le cerveau d'un enfant de moins de 3 ans ne peut pas extraire d'apprentissage réel d'un contenu vidéo, même éducatif. Les nourrissons apprennent par l'interaction directe — avec les adultes, les objets, leur corps et leur environnement. Ce qu'ils voient sur un écran ne se transfère pas de la même façon que ce qu'ils vivent. La commission d'experts de 2024 recommande explicitement zéro écran avant 3 ans, sans exception liée à la qualité du contenu.
2. La télévision allumée en bruit de fond est-elle vraiment une exposition aux écrans ?
Oui. La télévision allumée en arrière-plan, même si l'enfant ne la regarde pas directement, constitue une exposition. Elle fragmente son attention, réduit la qualité des interactions verbales avec les adultes présents et perturbe son jeu libre. Des études ont montré que les enfants dans un foyer où la télévision est souvent allumée développent moins vite le langage que ceux dans des foyers où elle est éteinte. Cette forme d'exposition est souvent la plus répandue et la moins identifiée comme telle par les parents.
3. Mon enfant de 4 ans utilise une tablette pendant 30 minutes par jour. Est-ce trop ?
Selon les recommandations actuelles, un usage de 30 minutes par jour à 4 ans est dans la zone "à surveiller". La commission française recommande un usage "exceptionnel" jusqu'à 6 ans, sans définir de durée précise. L'OMS et l'AAP suggèrent moins d'une heure quotidienne pour les 2-5 ans. Ce qui importe autant que la durée, c'est le contexte : l'usage est-il accompagné par un adulte ? Le contenu est-il de qualité ? L'enfant a-t-il accès à des activités variées — jeu libre, lecture, activité physique, interactions sociales — qui ne sont pas supplantées par l'écran ? Ce sont ces équilibres qui comptent.
4. Les applications de comptines ou d'éveil sur smartphone sont-elles vraiment déconseillées pour bébé ?
Pour les moins de 3 ans, oui. Même les applications conçues pour les bébés — comptines, images, sons — ne sont pas recommandées. La raison est simple : bébé tire bien plus de bénéfice d'une comptine chantée par son parent, avec contact visuel, intonation émotionnelle et interaction, que de la même comptine diffusée par un écran. La qualité de l'interaction humaine ne peut pas être reproduite par un dispositif numérique, quelle que soit sa sophistication.
5. Mon assistante maternelle dit qu'elle ne met pas d'écran mais je ne suis pas certaine. Comment vérifier ?
Depuis juillet 2025, l'interdiction des écrans pour les moins de 3 ans est inscrite dans la charte nationale pour l'accueil du jeune enfant, qui s'impose à toutes les assistantes maternelles agréées. Vous pouvez évoquer ce point directement et sereinement lors d'un échange avec votre assistante maternelle, en faisant référence à cet arrêté. Si vous avez des doutes persistants, vous pouvez également contacter la PMI (Protection maternelle et infantile) de votre département, qui est l'organisme chargé du suivi et du contrôle des assistantes maternelles agréées.
Conclusion
Les recommandations sur le temps d'écran ont franchi un cap décisif entre 2024 et 2026 : elles ne sont plus de simples conseils de prudence, mais des repères officiels inscrits dans les politiques publiques, les chartes professionnelles et les carnets de santé. Zéro écran avant 3 ans, usage exceptionnel jusqu'à 6 ans, progression accompagnée ensuite : ce cadre est clair, documenté par la science, et soutenu par un consensus médical international. La mise en pratique reste la partie la plus difficile — mais chaque petit geste compte : éteindre la télévision pendant les repas, poser son propre téléphone pendant les moments d'éveil partagé, proposer du jeu libre avant tout. Pour vous accompagner dans le quotidien avec votre enfant, découvrez aussi notre sélection de ressources sur l'éducation et le développement de votre enfant.


