Plaques rouges qui grattent, peau rugueuse au toucher, nuits hachées par les démangeaisons : dès que les températures baissent, beaucoup de parents voient l’eczéma de leur enfant reprendre de plus belle. La dermatite atopique, aussi appelée eczéma atopique, est l’une des maladies de peau les plus fréquentes chez le tout-petit. Elle concerne environ un enfant sur cinq en France et débute le plus souvent avant l’âge de 2 ans.
Le froid, le chauffage et l’air sec de l’hiver forment un cocktail redoutable pour une peau déjà fragile. Bonne nouvelle : les recommandations ont beaucoup évolué ces dernières années, et des gestes simples permettent aujourd’hui d’espacer nettement les poussées.
Voici ce qu’il faut savoir pour traverser la saison froide plus sereinement.
Dermatite atopique : pourquoi l’hiver aggrave l’eczéma de l’enfant
La dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique de la peau, non contagieuse, qui évolue par poussées entrecoupées de périodes d’accalmie. Elle repose sur deux mécanismes qui s’entretiennent : une barrière cutanée défaillante, qui laisse l’eau s’échapper et les irritants pénétrer, et un système immunitaire qui réagit de façon excessive à des substances habituellement inoffensives. On parle d’« atopie » pour désigner ce terrain, souvent familial, qui prédispose aussi à l’asthme, à la rhinite allergique et à certaines allergies alimentaires.
Le facteur héréditaire est le plus important. Lorsqu’un parent, un frère ou une sœur a déjà souffert d’eczéma, d’asthme ou de rhume des foins, le risque pour le bébé augmente nettement. Chez ces enfants, le « ciment » qui relie les cellules de la couche superficielle de la peau manque de lipides : la peau devient plus perméable, perd son eau rapidement, sèche et se craquelle.
L’hiver vient fragiliser encore cette barrière. Dehors, le froid et le vent ralentissent la production de sébum et assèchent la surface de la peau. À l’intérieur, le chauffage fait chuter l’humidité de l’air, parfois sous les 30 %. Les enfants passent aussi plus de temps enfermés, souvent trop couverts : la peau transpire sous des vêtements épais, et la sueur qui ne s’évapore pas déclenche des démangeaisons. S’y ajoutent les acariens et la poussière, plus présents dans les logements peu aérés, ainsi que la pollution et le tabagisme passif. Le stress et la fatigue peuvent aussi favoriser les poussées.

Reconnaître les symptômes de l’eczéma atopique selon l’âge
Le signe central est la démangeaison, appelée prurit. Elle est souvent plus intense le soir et la nuit, ce qui perturbe le sommeil de l’enfant… et celui de ses parents. Le grattage abîme la peau, entretient l’inflammation et peut favoriser une surinfection. Sur ce fond de peau sèche permanente, les poussées se traduisent par des plaques rouges, rugueuses, parfois recouvertes de petites vésicules qui suintent puis forment des croûtes.
La localisation varie avec l’âge. Chez le nourrisson, l’eczéma touche surtout les joues, le front, le cuir chevelu et la face externe des bras et des jambes, en épargnant en général la zone de la couche. Après 2 ans, il se déplace vers les plis : coudes, genoux, cou, poignets, chevilles. Avec le temps et le grattage répété, la peau de ces zones peut s’épaissir et prendre un aspect quadrillé, que les médecins appellent lichénification.
Le diagnostic est clinique : le pédiatre, le médecin traitant ou le dermatologue le pose en examinant la peau et en interrogeant la famille sur ses antécédents. La maladie s’atténue souvent avec les années et disparaît chez beaucoup d’enfants avant l’adolescence, même si une peau sèche peut persister.
Émollients et traitements : ce que recommandent les dermatologues
Le traitement repose sur deux piliers : apaiser l’inflammation pendant les poussées et restaurer la barrière cutanée. En hiver, l’émollient devient le meilleur allié de votre enfant, à appliquer tous les jours, y compris lorsque la peau semble aller bien. Voici les gestes actualisés à retenir :
- Un émollient au moins une fois par jour, idéalement deux en hiver, sur tout le corps, juste après la toilette, sur une peau encore légèrement humide pour retenir l’eau.
- Des quantités généreuses : un tube de 200 à 400 ml peut ne durer qu’une à deux semaines chez un jeune enfant, c’est normal.
- Des formules simples, sans parfum, sans huiles essentielles et avec le moins d’ingrédients possible. Préférez une texture plus riche (baume, cérat) quand il fait froid. Certains émollients sont remboursés sur prescription médicale.
- Les dermocorticoïdes pendant les poussées : appliqués une fois par jour sur les plaques inflammatoires jusqu’à leur disparition, généralement en cure de 7 à 15 jours. Ils sont sûrs lorsqu’ils sont utilisés selon la prescription.
- Le traitement « proactif » : chez les enfants qui rechutent souvent, le médecin peut proposer d’appliquer la crème deux fois par semaine sur les zones habituelles, même sans poussée.
La peur des corticoïdes, ou corticophobie, conduit encore trop de familles à sous-traiter l’eczéma. Utilisées aux doses prescrites et en cures courtes, ces crèmes n’exposent pas aux effets indésirables redoutés. Sur certaines zones fragiles comme le visage ou les paupières, le dermatologue peut prescrire, à partir de 2 ans, une pommade au tacrolimus. Dans les formes sévères résistantes aux crèmes, de nouveaux traitements par injection, comme le dupilumab, sont désormais autorisés dès 6 mois sur avis spécialisé.
Côté toilette, le bain n’est plus déconseillé : il nettoie la peau et élimine les squames. Il doit rester court, de 5 à 10 minutes, dans une eau tiède, jamais chaude, avec un produit lavant sans savon. Séchez ensuite en tamponnant, sans frotter. Pour aller plus loin sur les bons gestes chez le tout-petit, découvrez nos conseils pour prendre soin de la peau de bébé et bien l’hydrater.
Chauffage, humidité, vêtements : adapter la maison en hiver
L’environnement intérieur pèse lourd dans l’évolution de l’eczéma pendant la saison froide. Une chambre surchauffée et un air trop sec suffisent parfois à déclencher une poussée. À l’inverse, quelques ajustements simples peuvent réduire nettement les démangeaisons nocturnes :
- Chauffer sans excès : 18 à 19 °C dans la chambre et autour de 19 à 20 °C dans les pièces de vie. Une chaleur excessive fait transpirer et gratter.
- Surveiller l’humidité : l’idéal se situe entre 40 et 60 %. Un hygromètre, peu coûteux, permet de la vérifier.
- Utiliser un humidificateur avec prudence, seulement si l’air est vraiment sec, en le nettoyant très régulièrement. Au-delà de 60 % d’humidité, acariens et moisissures prolifèrent.
- Aérer 10 minutes par jour, même par temps froid, et ne jamais fumer à l’intérieur.
- Habiller en couches de coton, en évitant la laine et les fibres synthétiques au contact de la peau, et sans trop couvrir l’enfant la nuit.
- Laver le linge avec une lessive sans parfum, sans assouplissant, et bien rincer.
Les acariens, qui adorent la chaleur et l’humidité des chambres, sont l’un des allergènes les plus fréquents chez l’enfant atopique. Limitez tapis, peluches et rideaux épais dans la chambre et lavez la literie à 60 °C. Retrouvez nos 7 règles pour en finir avec les acariens.
À l’extérieur, protégez les zones découvertes : bonnet et écharpe doublés de coton, moufles, et une couche d’émollient riche sur le visage et les mains avant de sortir. Pour les bons réflexes face au vent et au gel, consultez aussi notre article comment protéger la peau de mon enfant contre le froid.
Enfin, consultez rapidement si les plaques suintent, se couvrent de croûtes jaunâtres, si de petites vésicules groupées apparaissent ou si votre enfant a de la fièvre : ces signes peuvent évoquer une surinfection bactérienne ou herpétique.
Vos questions fréquentes concernant la dermatite atopique en hiver
1. L’eczéma atopique est-il dû à une allergie alimentaire ?
Rarement. Une petite partie des enfants atteints d’eczéma sévère a aussi une allergie alimentaire, mais un test positif ne suffit pas à la prouver. Aucun aliment ne doit être supprimé sans avis médical ni bilan allergologique, sous peine de carences.
2. Quelle différence avec la dermatite séborrhéique du nourrisson ?
La dermatite séborrhéique, comme les croûtes de lait, est liée à un excès de sébum. Elle ne démange pas ou peu et disparaît en quelques semaines, alors que l’eczéma atopique gratte et évolue par poussées.
3. Mon enfant peut-il prendre un bain tous les jours en hiver ?
Oui, si le bain reste court et tiède, avec un nettoyant sans savon. Appliquez l’émollient dans la foulée, sur une peau encore humide.
4. Les huiles essentielles et remèdes de grand-mère sont-ils utiles ?
Mieux vaut les éviter. Les huiles essentielles sont déconseillées chez le jeune enfant et peuvent provoquer des allergies de contact sur une peau atopique déjà fragilisée.
5. Peut-il aller à la piscine pendant l’hiver ?
Oui. Appliquez un émollient avant la baignade, rincez soigneusement à l’eau douce juste après, puis remettez une couche de crème.
Conclusion
L’hiver met à rude épreuve la peau des enfants atteints de dermatite atopique, mais il n’est pas une fatalité. Un émollient appliqué généreusement chaque jour, des dermocorticoïdes utilisés sans crainte pendant les poussées, une chambre chauffée à 18 ou 19 °C et un air ni trop sec ni trop humide permettent de limiter nettement les crises. En cas de doute ou de démangeaisons qui empêchent votre enfant de dormir, le pédiatre ou le dermatologue reste votre meilleur interlocuteur pour ajuster le traitement à la saison.


