Une maman interdite d'aller en classe avec son bébé

Une maman interdite d'aller en classe avec son bébé

L'université de Barcelone a demandé à une jeune maman étudiante de ne plus venir en cours avec son bébé. Motif invoqué : l'enfant n'était pas couvert en cas d'accident et les autres étudiants avaient le droit de suivre les cours dans des « conditions optimales ».

 

Cette affaire, largement relayée en Espagne, pose une question qui concerne encore de nombreuses jeunes mamans en 2026 : comment concilier maternité et études supérieures quand on n'a pas de solution de garde ?

 

Mireia, étudiante et maman, interdite de cours avec son bébé à Barcelone

Mireia Cabanillas, 24 ans, était en dernière année de pédagogie à l'université de Barcelone lorsqu'elle a décidé d'assister aux cours avec sa petite fille, Naima. Un mois après la rentrée, l'établissement lui a fait savoir qu'elle ne pouvait plus venir avec son enfant dans l'enceinte de l'université.

Pour la jeune femme, la décision tombe au plus mauvais moment. Il ne lui manque que deux matières pour obtenir son diplôme, soit quatre heures de cours réparties entre le mardi et le jeudi. Ne pas valider ces derniers modules l'empêcherait de décrocher un emploi en lien avec les études qu'elle poursuit depuis plusieurs années. Mireia explique aussi qu'elle n'a personne à qui confier sa fille et qu'un bébé de cet âge a besoin d'être auprès de sa mère. Une situation que connaissent bien les femmes qui mènent de front un cursus et une vie de famille, comme le montre notre article Maman et étudiante à la fois… C'est possible ?

Au départ, Mireia s'installait au premier rang et laissait sa fille se déplacer à quatre pattes dans la salle. Elle a rapidement compris que la meilleure façon de ne pas perturber le cours était de s'asseoir au fond et de garder Naima dans ses bras. La petite s'endormait le plus souvent pendant la séance, et lorsqu'elle se réveillait en pleurant, sa maman sortait de la salle pour la calmer. Aujourd'hui, c'est la grand-mère de l'enfant qui accompagne Mireia à l'université et garde le bébé pendant qu'elle termine ses cours.

 

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Sécurité, assurance, discrimination : deux visions qui s'affrontent

La version de l'université, établissement public, repose sur deux arguments. Le premier concerne la sécurité et l'assurance : le bébé se déplaçait librement dans la salle et aurait pu se blesser, alors qu'il n'était couvert par aucun contrat en cas d'accident. Le second porte sur le bon déroulement des enseignements, que la présence d'un nourrisson risquait de perturber pour les autres étudiants.

La jeune maman défend un point de vue tout autre. Selon elle, ce sont les professeurs eux-mêmes qui l'avaient encouragée à venir avec sa fille, et elle ne comprend pas pourquoi l'administration a pris cette mesure. L'université lui a proposé une alternative : ne se présenter qu'aux examens finaux. Mireia avait déjà testé cette formule l'année précédente, sans succès, et refuse de revivre cet échec.

Elle dénonce un système qui, au lieu de soutenir les jeunes mamans, leur complique la tâche davantage qu'aux autres étudiants. Elle raconte s'être déjà sentie discriminée pendant sa grossesse, lorsqu'elle ne parvenait plus à s'installer dans les sièges des amphithéâtres. Pour elle, il est temps d'ouvrir le débat sur la création de lieux d'accueil pour les enfants au sein des universités. Un débat qui a depuis progressé, en Espagne comme en France.

 

Étudiante et maman en 2026 : que dit le cadre juridique ?

En Espagne, la loi organique du système universitaire (LOSU), adoptée en 2023, a fait évoluer le cadre. Elle impose aux universités de favoriser la coresponsabilité dans les soins et de garantir l'exercice effectif des droits à la conciliation entre vie personnelle, familiale et universitaire. De nombreux établissements ont intégré ces objectifs dans leurs plans d'égalité. En juin 2026, les universités d'Almería, de Cordoue et Pablo de Olavide ont d'ailleurs publié la première étude comparée sur la conciliation dans les campus andalous. Elle pointe des freins persistants : mesures mal connues, culture du présentéisme et crainte d'être stigmatisée en demandant un aménagement.

En France, la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (loi ORE de 2018) prévoit des modalités pédagogiques spécifiques pour les étudiantes enceintes et les parents de jeunes enfants. Concrètement, une étudiante maman peut demander à bénéficier d'un régime spécial d'études, dont le contenu varie selon les établissements :

  • un aménagement de l'emploi du temps, avec des choix de groupes de TD compatibles avec les horaires de garde ;
  • une dispense d'assiduité pour certains enseignements, souvent assortie d'un contrôle terminal à la place du contrôle continu ;
  • un étalement de l'année universitaire sur deux ans, sans pénalité ;
  • un accès facilité à l'enseignement à distance et aux supports de cours en ligne ;
  • la possibilité de reporter une session d'examen en cas de naissance ou de maladie de l'enfant.

Ces aménagements ne sont pas automatiques. Il faut en faire la demande, généralement en début de semestre, auprès de la scolarité ou du service de vie étudiante, avec un justificatif (acte de naissance, certificat de grossesse). En revanche, aucun texte n'autorise de plein droit la présence d'un bébé en cours : la décision relève du règlement intérieur de chaque établissement et, en pratique, de l'accord de l'enseignant.

 

Crèches universitaires, aides et aménagements : les alternatives de garde pour les étudiantes mamans

Le cas de Mireia illustre le vrai nœud du problème : sans mode de garde, même les meilleurs aménagements pédagogiques ne suffisent pas. Plusieurs solutions existent aujourd'hui, et les universités jouent un rôle croissant. À Caen, par exemple, deux crèches implantées sur les campus accueillent jusqu'à 100 enfants et sont ouvertes aux étudiants comme aux personnels. L'université Clermont Auvergne dispose elle aussi d'une structure de 40 places pour les enfants de 2 mois à 4 ans. En Espagne, l'université de Málaga aide financièrement les étudiants dont l'enfant fréquente son école maternelle.

Voici les principales pistes à explorer si vous êtes étudiante et maman :

  • La crèche universitaire : renseignez-vous dès la grossesse, car les commissions d'admission se tiennent souvent au printemps pour la rentrée suivante.
  • L'assistante maternelle : plus souple sur les horaires, elle peut compléter la crèche pendant les périodes de fermeture.
  • Le Crous : les enfants à charge sont pris en compte dans le calcul de la bourse, et les assistantes sociales peuvent débloquer des aides ponctuelles.
  • Les aides de la CAF : le complément de libre choix du mode de garde est accessible aux étudiantes, sous conditions.
  • La solidarité familiale : comme Mireia avec la grand-mère de Naima, beaucoup de jeunes mamans s'appuient sur leurs proches pour les créneaux de cours.

Pour faire le point sur l'ensemble des dispositifs financiers, consultez notre guide Garde de bébé : toutes les aides auxquelles vous avez droit. Et pour organiser votre quotidien entre révisions, cours et biberons, nos 8 astuces utiles pour concilier enfants et travail s'appliquent aussi très bien à la vie étudiante. Anticiper reste la clé : plus la demande de place ou d'aménagement est faite tôt, plus les chances d'obtenir une solution adaptée sont grandes.

 

Vos questions fréquentes concernant les étudiantes mamans et la garde de bébé à l'université

 

1. Peut-on venir en cours avec son bébé à l'université ?
Aucune loi ne l'interdit ni ne l'autorise explicitement. Tout dépend du règlement intérieur de l'établissement et de l'accord de l'enseignant. Mieux vaut en discuter en amont avec le responsable de la formation.

 

2. Comment obtenir un régime spécial d'études quand on est maman ?
La demande se fait auprès de la scolarité ou du service de vie étudiante, en début de semestre, avec un justificatif. Les aménagements possibles vont de la dispense d'assiduité à l'étalement de l'année sur deux ans.

 

3. Les crèches universitaires sont-elles réservées aux étudiants ?
Non, elles accueillent généralement les enfants des étudiants et des personnels de l'université. Les places étant limitées, il est conseillé de déposer son dossier dès la grossesse.

 

4. Une étudiante maman peut-elle toucher des aides de la CAF ?
Oui, une étudiante peut bénéficier des prestations familiales, dont le complément de libre choix du mode de garde, sous réserve de remplir les conditions d'attribution.

 

5. Que faire si l'on se sent discriminée à l'université en raison de sa maternité ?
Il est possible de saisir la mission égalité de l'établissement, un syndicat étudiant ou, en France, le Défenseur des droits. En Espagne, chaque université dispose d'un « Defensor Universitario ».

 

Concilier études et maternité : un débat toujours d'actualité

L'histoire de Mireia Cabanillas a mis en lumière une réalité souvent invisible : celle des jeunes femmes qui deviennent mères pendant leurs études et doivent se battre pour les terminer. Depuis, les lois ont évolué, en Espagne avec la LOSU comme en France avec la loi ORE, et les crèches universitaires se multiplient.
Mais sur le terrain, tout repose encore beaucoup sur la volonté de chaque établissement et sur l'information des étudiantes. Si vous êtes enceinte ou jeune maman et que vous poursuivez un cursus, n'hésitez pas à frapper à la porte de la scolarité, du Crous et de la CAF : les solutions existent, encore faut-il les demander.

 

 

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