L'arrivée d'un enfant pousse souvent les familles à réfléchir à la transmission de leur patrimoine. Qui n'a jamais entendu parler de la donation de 100 000 € par parent et par enfant ? Ce mécanisme fiscal est l'un des plus avantageux du droit français — et pourtant, il est souvent mal compris, voire sous-utilisé faute d'informations claires.
En 2026, de nouvelles règles et une exonération temporaire supplémentaire s'ajoutent au dispositif. Voici tout ce qu'il faut savoir pour profiter pleinement de ces abattements sans se tromper.
Cet article est fourni à titre informatif. Pour toute opération de donation, un accompagnement par un notaire ou un conseiller fiscal est vivement recommandé afin d'adapter la stratégie à votre situation personnelle et familiale.
L'abattement de 100 000 € : le mécanisme de base
Le principe est simple mais puissant : chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € à chacun de ses enfants sans avoir à payer le moindre droit de donation. Ce dispositif est prévu à l'article 779 du Code général des impôts (CGI) et constitue le socle de la transmission patrimoniale familiale en France.
Concrètement, si vous formez un couple, vous pouvez transmettre ensemble jusqu'à 200 000 € à un seul enfant sans fiscalité — 100 000 € de la part du père et 100 000 € de la part de la mère. Si vous avez deux enfants, le couple peut transmettre jusqu'à 400 000 € au total en franchise complète de droits. L'abattement s'applique par couple "donateur-donataire" : chaque parent a son propre abattement pour chaque enfant, et ces abattements sont totalement indépendants les uns des autres.
Cet abattement s'applique à toutes les formes de donation : don manuel de sommes d'argent (virement, chèque, espèces), donation de biens mobiliers (actions, bijoux…), ou donation notariée d'un bien immobilier. Il est renouvelable tous les 15 ans : une fois l'abattement entièrement utilisé, il se "recharge" après 15 ans à compter de la dernière donation déclarée entre les mêmes personnes. Si vous n'avez utilisé qu'une partie de l'abattement (par exemple, un don de 60 000 €), le solde restant (40 000 €) est disponible pendant cette même période de 15 ans.
Les nouveautés 2026 : exonération temporaire et déclaration en ligne
En plus de l'abattement classique de 100 000 €, une exonération temporaire exceptionnelle a été instaurée par la loi de finances du 14 février 2025, applicable jusqu'au 31 décembre 2026 (article 790 A bis du CGI). Elle permet des dons d'argent supplémentaires exonérés pour financer deux usages précis :
- L'acquisition d'un logement neuf (ou en VEFA — vente en l'état futur d'achèvement) destiné à être la résidence principale du donataire ou d'un locataire ;
- Des travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov dans la résidence principale du donataire.
Cette exonération temporaire est plafonnée à 100 000 € par donateur, avec un plafond global de 300 000 € par donataire (toutes sources confondues). Les fonds doivent être utilisés au plus tard le dernier jour du 6e mois suivant le versement, et le logement acquis ou rénové doit rester la résidence principale du donataire pendant 5 ans. Ce dispositif est cumulable avec l'abattement classique de 100 000 €, ce qui signifie qu'un enfant peut théoriquement recevoir de son père, en 2026, jusqu'à 100 000 € au titre de l'abattement de droit commun ET jusqu'à 100 000 € au titre de l'exonération temporaire logement — soit 200 000 € en franchise totale d'impôt, à condition que les 100 000 € supplémentaires soient utilisés dans les conditions requises.
L'autre grande nouveauté de 2026 concerne la déclaration. Depuis le 1er janvier 2026, les dons manuels doivent obligatoirement être déclarés en ligne sur impots.gouv.fr, dans l'espace personnel sécurisé du donataire (celui qui reçoit le don), rubrique "Déclarer un don ou une cession de droits sociaux". Cette déclaration est obligatoire même si le don est exonéré de droits. Le formulaire papier (n° 2735) ne subsiste plus que pour les cas d'exception (absence d'accès à internet, etc.). La déclaration doit être effectuée dans le mois suivant le don pour le don familial de sommes d'argent — un délai à respecter à la lettre sous peine de perdre l'exonération.
Les abattements cumulables : ce qu'un enfant peut recevoir sans impôt
L'abattement de 100 000 € par parent n'est pas le seul mécanisme disponible. Il peut se cumuler avec d'autres dispositifs, ce qui permet d'augmenter significativement les montants transmis sans fiscalité.
Le don familial de sommes d'argent (article 790 G du CGI) permet d'ajouter une exonération supplémentaire de 31 865 € par donateur, sous deux conditions : le donateur doit être âgé de moins de 80 ans, et le donataire doit être majeur. Cette exonération est également renouvelable tous les 15 ans. Ainsi, un parent de moins de 80 ans peut donner à son enfant majeur jusqu'à 131 865 € sans droits (100 000 € + 31 865 €). Pour un couple dont les deux membres ont moins de 80 ans, le total peut atteindre 263 730 € par enfant, sans compter l'exonération temporaire logement de 2026.
Un enfant peut par ailleurs cumuler les abattements de ses parents et de ses grands-parents. Chaque grand-parent dispose d'un abattement propre de 31 865 € (auquel peut s'ajouter, sous conditions, l'exonération des dons familiaux de sommes d'argent). Avec quatre grands-parents, un enfant peut recevoir jusqu'à 127 460 € supplémentaires sans droits. Au total, un enfant peut potentiellement recevoir plus de 327 460 € tous les 15 ans, en franchise de droits, entre ses deux parents et ses quatre grands-parents. Pour préparer sereinement l'avenir financier de votre famille dès la naissance de bébé, retrouvez nos conseils sur comment préparer l'arrivée de bébé à la maison.
Ce qui se passe au-delà de 100 000 € : le barème progressif
Si la donation dépasse l'abattement disponible, la partie excédentaire est soumise à des droits calculés selon un barème progressif en ligne directe (entre parents et enfants). Ce barème est le suivant :
- Jusqu'à 8 072 € : 5 %
- De 8 072 € à 12 109 € : 10 %
- De 12 109 € à 15 932 € : 15 %
- De 15 932 € à 552 324 € : 20 %
- De 552 324 € à 902 838 € : 30 %
- De 902 838 € à 1 805 677 € : 40 %
- Au-delà de 1 805 677 € : 45 %
Exemple concret : si un parent donne 150 000 € à son enfant, l'abattement de 100 000 € s'applique. Les droits sont calculés uniquement sur les 50 000 € restants, soit environ 8 194 € de droits à payer (la tranche jusqu'à 15 932 € à des taux de 5 à 15 %, puis la tranche de 15 932 € à 50 000 € à 20 %). C'est toujours le donataire (celui qui reçoit) qui paie les droits, sauf si le donateur décide de les prendre en charge — ce qui est possible et ne constitue pas lui-même un supplément de donation taxable.
Vos questions fréquentes concernant la donation de 100 000 € par parent et par enfant
1. Peut-on faire plusieurs dons de moins de 100 000 € pour rester sous le plafond ?
Oui, tout à fait. L'abattement de 100 000 € peut être utilisé en une ou plusieurs fois sur une période de 15 ans. Vous pouvez donc donner 30 000 € une année, puis 70 000 € quelques années plus tard, sans jamais dépasser le plafond — et sans jamais payer de droits entre les mêmes donateur et donataire sur cette période. Si vous avez déjà utilisé une partie de l'abattement il y a plus de 15 ans, il s'est rechargé intégralement depuis.
2. La donation doit-elle obligatoirement passer par un notaire ?
Non, pas dans tous les cas. Un don manuel de sommes d'argent (virement bancaire, chèque) peut être fait sans notaire. En revanche, une donation de bien immobilier nécessite obligatoirement un acte notarié. Pour les dons importants ou complexes (donation-partage, démembrement de propriété, donation avec charge), l'intervention d'un notaire est vivement recommandée même si elle n'est pas toujours obligatoire. Le notaire sécurise l'opération et s'assure que la donation s'intègre correctement dans votre stratégie patrimoniale globale.
3. La donation est-elle définitive ? Peut-on la récupérer ?
En principe, une donation est irrévocable — le donateur ne peut pas en exiger le retour sans raison légale. Il existe cependant des causes légales de révocation : ingratitude du donataire envers le donateur (actes graves et caractérisés), non-exécution des charges imposées lors de la donation, ou naissance d'un enfant (dans certains cas particuliers). Par ailleurs, les donations faites aux héritiers sont en principe "rapportables" à la succession : elles seront prises en compte au moment du partage entre les héritiers pour garantir l'égalité entre eux, sauf si le donateur a stipulé expressément qu'il s'agit d'un préciput (hors part).
4. Mon enfant doit-il déclarer le don même s'il ne paie pas de droits ?
Oui, la déclaration est obligatoire même en cas d'exonération totale. Depuis le 1er janvier 2026, cette déclaration se fait uniquement en ligne sur impots.gouv.fr, dans l'espace personnel du donataire, dans le mois suivant le don. En 2024, moins de 1,7 % des déclarations de dons ont donné lieu au paiement de droits — ce qui confirme que la grande majorité des dons entre parents et enfants sont exonérés. La déclaration prend seulement quelques minutes et permet d'obtenir immédiatement un récépissé sécurisé.
5. L'exonération temporaire logement de 2026 est-elle cumulable avec l'abattement classique ?
Oui. Ces deux mécanismes sont bien cumulables. Un parent peut donc donner en 2026 jusqu'à 200 000 € à un enfant sans droits : 100 000 € au titre de l'abattement classique (utilisable librement) ET jusqu'à 100 000 € au titre de l'exonération temporaire, à condition que cette seconde somme soit utilisée dans les 6 mois pour acheter un logement neuf destiné à la résidence principale ou pour financer des travaux de rénovation énergétique éligibles. Cette fenêtre d'opportunité est disponible jusqu'au 31 décembre 2026.
Conclusion
La donation de 100 000 € par parent et par enfant est un outil de transmission patrimoniale remarquablement efficace, que la naissance d'un enfant rend souvent plus concret pour les familles. En 2026, avec l'exonération temporaire logement cumulable et la déclaration simplifiée en ligne, le cadre est encore plus favorable — mais aussi plus technique. L'essentiel est de bien comprendre les règles, de respecter les délais de déclaration et, pour les montants importants ou les situations complexes, de ne pas hésiter à consulter un notaire. La transmission patrimoniale se prépare, et anticiper est toujours plus avantageux qu'agir dans l'urgence. Pour tout ce qui concerne l'organisation financière au moment de l'arrivée de bébé, retrouvez nos conseils pratiques sur les premières semaines avec bébé à la maison.


