Depuis son entrée en application concrète, la mesure de sage-femme référente a eu le temps de s'installer dans le quotidien de nombreuses femmes enceintes.
Après plusieurs mois d'usage, il est désormais possible de dresser un premier bilan : qu'est-ce que ce dispositif a réellement changé pour le suivi de grossesse et le post-partum ? Quels bénéfices se confirment sur le terrain, et quelles limites restent à corriger ? Cet article fait le point, retours d'expérience à l'appui.
Sage-femme référente : un rappel du dispositif et de son ancrage réglementaire
Avant d'évaluer ses effets concrets, un bref rappel s'impose. La possibilité de désigner une sage-femme référente découle de la loi n° 2021-502 du 26 avril 2021, qui visait à simplifier le parcours de soins des femmes enceintes. Ses missions précises ont ensuite été détaillées par l'avenant 6 à la convention nationale des sages-femmes libérales, signé fin 2022 et publié au Journal officiel en mars 2023. Le décret d'application, paru en novembre 2023, a fixé les modalités pratiques de désignation via un formulaire Cerfa, à compléter conjointement par la patiente et la professionnelle choisie.
Concrètement, la sage-femme référente devient l'interlocutrice unique tout au long de la grossesse et du suivi postnatal. Elle informe sur le déroulement de la grossesse, coordonne les rendez-vous obligatoires (bilan prénatal, échographies, préparation à la naissance, rééducation périnéale, entretiens postnataux) et assure une mission de prévention élargie, qui va des conseils vaccinaux à la détection précoce d'une dépression post-partum. Cette centralisation du parcours est précisément ce que le premier volet de nos articles présentait comme la promesse du dispositif il y a quelques mois.
Ce rappel est nécessaire pour comprendre ce que les mois écoulés ont permis de confirmer, d'ajuster ou de nuancer dans la pratique quotidienne des familles et des professionnelles.

Ce que révèle le bilan de terrain après plusieurs mois d'application
Le contexte dans lequel ce bilan s'inscrit n'est pas anodin. Un rapport récent de l'Inspection générale des affaires sociales a pointé une dégradation préoccupante de la santé périnatale en France, la qualifiant de véritable problème de santé publique. Ce constat renforce la légitimité d'un dispositif censé fluidifier et sécuriser le parcours de soins des femmes enceintes, à un moment où la coordination entre professionnels de santé est identifiée comme un levier d'amélioration.
Sur le terrain, les retours des sages-femmes libérales et des patientes convergent sur plusieurs points. D'abord, la désignation formelle d'une référente change concrètement la manière dont les femmes vivent leur grossesse : elles savent vers qui se tourner en cas de question, sans avoir à reconstituer leur historique à chaque nouveau rendez-vous. Ensuite, la charge administrative liée au formulaire Cerfa, initialement perçue comme un frein, s'est largement simplifiée à mesure que les cabinets et les maternités ont intégré la démarche dans leurs pratiques habituelles.
Un point revient toutefois régulièrement dans les échanges professionnels : la mesure reste encore trop peu connue des patientes elles-mêmes. Beaucoup de femmes enceintes découvrent la possibilité de désigner une sage-femme référente au hasard d'une consultation, plutôt qu'en amont de leur parcours, ce qui retarde la mise en place effective du suivi coordonné.
Les bénéfices concrets observés pour le suivi de grossesse et le post-partum
Au-delà du cadre réglementaire, ce sont les effets tangibles sur le quotidien des familles qui permettent de juger de la pertinence du dispositif. Plusieurs bénéfices se dégagent nettement des retours recueillis :
- Une continuité relationnelle rassurante : retrouver le même visage à chaque étape de la grossesse réduit l'anxiété liée aux changements d'interlocuteurs, particulièrement précieuse en cas de grossesse à risque ou de vulnérabilité psychologique.
- Un repérage plus précoce des difficultés post-partum : la sage-femme référente, connaissant l'historique complet de la patiente, identifie plus rapidement les signaux d'alerte d'une dépression post-partum ou d'une complication physique.
- Une meilleure articulation avec le gynécologue : loin de se substituer au suivi médical classique, la sage-femme référente joue un rôle de coordination qui clarifie le rôle de chacun, comme nous l'évoquions dans notre comparatif entre obstétricien et sage-femme.
- Une valorisation reconnue pour la profession : ce nouveau rôle s'accompagne d'une rémunération spécifique, ce qui encourage davantage de sages-femmes libérales à proposer cette option à leur patientèle.
Ces bénéfices ne sont pas uniformément ressentis sur tout le territoire. Les zones où l'offre de sages-femmes libérales est dense permettent une adoption plus naturelle du dispositif, tandis que les déserts médicaux compliquent parfois la simple possibilité de désigner une référente disponible.
Les limites et points de vigilance qui persistent
Un bilan honnête ne peut pas ignorer les difficultés qui subsistent. La première concerne justement l'accès au dispositif : dans certains territoires, le nombre de sages-femmes libérales reste insuffisant pour répondre à la demande, ce qui limite de fait le libre choix de la patiente. Cette contrainte géographique reste, plusieurs mois après le lancement, l'un des principaux points de friction remontés par les professionnelles elles-mêmes.
La deuxième limite tient à l'information des patientes. De nombreuses femmes enceintes ignorent encore qu'elles peuvent solliciter cette désignation dès le début de leur grossesse, et découvrent le dispositif tardivement, parfois seulement après l'accouchement à l'occasion de la consultation post-partum. Un effort de communication plus systématique, notamment lors de la première visite chez le gynécologue ou la sage-femme, permettrait de généraliser le réflexe.
Enfin, certaines patientes expriment une confusion persistante entre le rôle du gynécologue référent et celui de la sage-femme référente, deux dispositifs distincts qui peuvent coexister mais répondent à des logiques différentes. Clarifier cette distinction dès les premières consultations reste un axe de progrès identifié par les professionnels concernés.
Vos questions fréquentes concernant la sage-femme référente
1. Le bilan de la mesure est-il globalement positif après ces premiers mois ?
Oui, dans l'ensemble. Les retours de terrain confirment que la continuité du suivi rassure les patientes et facilite le repérage précoce des complications, même si des ajustements restent nécessaires sur l'accès et l'information.
2. Puis-je encore désigner une sage-femme référente si ma grossesse est déjà avancée ?
Oui, la désignation est possible à tout moment de la grossesse et même après l'accouchement pour le suivi postnatal, à condition de remplir le formulaire Cerfa avec la professionnelle choisie.
3. La sage-femme référente remplace-t-elle mon gynécologue ?
Non. Elle coordonne votre parcours et assure la plupart des rendez-vous de suivi, mais le gynécologue ou l'obstétricien reste sollicité en cas de grossesse pathologique ou de complication nécessitant un avis médical spécialisé.
4. Que faire si aucune sage-femme libérale n'est disponible près de chez moi ?
Vous pouvez vous renseigner auprès de votre maternité ou du conseil départemental de l'Ordre des sages-femmes, qui pourra vous orienter vers une professionnelle disponible, y compris via une désignation en cours de grossesse.
5. La désignation d'une sage-femme référente a-t-elle un coût supplémentaire pour moi ?
Non, la désignation elle-même n'engendre pas de frais additionnels pour la patiente ; elle s'accompagne d'une valorisation spécifique versée à la professionnelle par l'Assurance Maladie.
Conclusion
Ce premier bilan de la sage-femme référente dresse le portrait d'une mesure globalement bien accueillie, qui répond à un besoin réel de continuité dans le parcours de grossesse. Les bénéfices en matière de repérage précoce des difficultés et de qualité relationnelle sont clairement identifiés par les professionnelles comme par les patientes. Les marges de progrès se situent surtout du côté de l'accès géographique et de la diffusion de l'information, deux leviers sur lesquels les prochains mois devraient permettre de nouvelles avancées.
Si vous n'avez pas encore désigné de sage-femme référente, il n'est jamais trop tard pour en discuter lors de votre prochain rendez-vous : c'est une démarche simple qui peut sensiblement améliorer votre expérience de suivi, de la grossesse jusqu'au post-partum.
Sources et ressources utiles : Assurance Maladie (ameli.fr), Conseil national de l'Ordre des sages-femmes, Inspection générale des affaires sociales (IGAS).
Pour aller plus loin, retrouvez notre article sur pourquoi cet interlocuteur unique change votre suivi de grossesse en 2026, notre guide sur les questions à poser lors de la consultation post-partum à 6 semaines, ainsi que notre dossier complet pour comprendre qui est la sage-femme et quel est son rôle pendant la grossesse, l'accouchement et le post-partum.


