Les crevasses sur le mamelon comptent parmi les complications les plus fréquentes de l'allaitement maternel. Il s'agit de fissures parfois profondes, souvent situées à la jonction entre l'aréole et le mamelon, qui provoquent une douleur vive dès la mise au sein.
Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, les douleurs et lésions des mamelons touchent une large majorité des mères allaitantes au cours des premières semaines, un chiffre qui rappelle que ce phénomène, bien que courant, ne doit jamais être banalisé.
La cause principale n'est pas le nombre de tétées mais la qualité de la prise du sein. Quand le bébé ne prend que le mamelon sans englober une bonne partie de l'aréole, un frottement anormal se crée entre le mamelon et la langue, les gencives ou le palais du nourrisson, ce qui abîme progressivement la peau. Une mauvaise position lors de la tétée reste donc, de très loin, le facteur déclenchant le plus courant, bien avant les causes anatomiques comme un frein de langue restrictif ou un palais creux.
Les crevasses apparaissent le plus souvent entre le troisième et le cinquième jour post-partum, au moment où la lactation s'installe et où les tétées se multiplient. La douleur, parfois comparée à une sensation de brûlure ou de pincement, survient dès la mise au sein et peut persister pendant toute la tétée avant de s'atténuer.
Comment soulager la douleur et favoriser la cicatrisation des crevasses
Il est essentiel de continuer les tétées malgré la douleur, même si les crevasses saignent légèrement : arrêter d'allaiter du côté touché expose à un risque d'engorgement et peut freiner la production de lait. Une crevasse qui saigne un peu n'est pas dangereuse pour le bébé, qui peut avaler quelques traces de sang maternel sans conséquence.
Les consultantes en lactation IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant) recommandent aujourd'hui de privilégier une cicatrisation en milieu humide, un principe qui limite les douleurs et accélère la réparation des tissus abîmés. Plusieurs gestes simples permettent de l'appliquer au quotidien :
- Appliquer quelques gouttes de lait maternel directement sur la fissure après chaque tétée, avant tout autre soin ;
- Utiliser une fine couche de lanoline purifiée en usage médical, sans nécessité de la retirer avant la tétée suivante ;
- Éviter le nettoyage systématique du mamelon au savon avant ou après la tétée, une pratique qui augmente en réalité l'incidence des douleurs plutôt qu'elle ne les prévient ;
- Laisser sécher les mamelons à l'air libre quelques minutes lorsque c'est possible, plutôt que de les couvrir immédiatement.
Si la vue du sang ou la douleur rendent la tétée trop difficile à supporter, il reste possible de presser le sein avec les mains ou d'extraire le lait au tire-lait le temps que les crevasses cicatrisent, afin de maintenir la lactation sans forcer la mise au sein directe.

Corriger la position d'allaitement : le geste qui prévient la récidive
Traiter une crevasse sans corriger la cause revient à soulager un symptôme qui reviendra à la tétée suivante. Les experts en lactation sont unanimes sur ce point : la crème traite la douleur, mais seule la correction de la prise du sein résout durablement le problème. Une bonne prise se reconnaît à plusieurs signes simples à observer.
Le bébé doit englober une large partie de l'aréole et non le mamelon seul, sa bouche doit être grande ouverte avec les lèvres retroussées vers l'extérieur, son menton doit toucher le sein et son nez rester dégagé. La tétée ne doit provoquer aucune douleur au-delà des toutes premières secondes de succion. Utiliser un coussin d'allaitement peut aider à stabiliser la posture du bébé et à limiter les tensions dans le dos et les épaules de la mère, souvent responsables d'un mauvais alignement au moment de la tétée.
Varier les positions d'allaitement d'une tétée à l'autre permet également de répartir la pression exercée sur différentes zones du mamelon plutôt que de solliciter toujours le même point, ce qui accélère la cicatrisation des zones déjà fragilisées.
Quand consulter une consultante en lactation IBCLC ou un professionnel de santé
Une douleur persistante pendant l'allaitement n'est jamais anodine et ne doit jamais être considérée comme normale. Elle signale le plus souvent un problème de position ou de prise du sein qui peut être corrigé rapidement avec l'aide d'un œil extérieur formé. Faire appel à une sage-femme, une puéricultrice ou une consultante en lactation certifiée IBCLC permet d'observer une tétée en direct et d'identifier en quelques minutes ce qui doit être ajusté, un accompagnement bien plus efficace qu'une multiplication de crèmes et de soins locaux.
Certains signes doivent amener à consulter sans attendre :
- Une douleur qui persiste au-delà des premières secondes de tétée ou qui irradie dans tout le sein ;
- Un écoulement inhabituel, une rougeur étendue ou une sensation de chaleur localisée sur le sein ;
- Une fièvre associée à des douleurs mammaires, qui peut signaler le début d'une mastite ;
- Une suspicion de frein de langue restrictif chez le bébé, qui empêche une prise du sein correcte malgré les ajustements de position.
Une plaie non traitée peut en effet s'infecter et évoluer vers une mastite, une inflammation du tissu mammaire qui nécessite une prise en charge médicale rapide. La prévention commence d'ailleurs souvent avant la naissance : se former à l'allaitement pendant la grossesse, via des cours de préparation ou des associations spécialisées, permet d'aborder les premières tétées avec de vrais repères plutôt que dans l'urgence de la douleur.
Vos questions fréquentes concernant les crevasses du mamelon
1. Puis-je continuer à allaiter si mon mamelon saigne ?
Oui, une crevasse qui saigne légèrement ne contre-indique pas l'allaitement. Le bébé peut avaler quelques traces de sang maternel sans aucun danger pour lui. Il est même recommandé de poursuivre les tétées pour éviter un engorgement du sein concerné.
2. Faut-il nettoyer le mamelon avant chaque tétée ?
Non, une hygiène quotidienne classique sous la douche suffit amplement. Nettoyer systématiquement le mamelon avant ou après la tétée avec du savon a tendance à fragiliser davantage la peau et à retarder la cicatrisation des crevasses déjà présentes.
3. Combien de temps faut-il pour qu'une crevasse cicatrise ?
Avec une position corrigée et des soins adaptés comme l'application de lait maternel ou de lanoline, la cicatrisation intervient généralement en quelques jours. Si la douleur persiste au-delà d'une semaine malgré ces ajustements, une consultation s'impose pour écarter d'autres causes.
4. Une crevasse peut-elle réapparaître au même endroit ?
Oui, tant que la cause initiale, le plus souvent une prise du sein imparfaite, n'est pas corrigée. Varier les positions d'allaitement et faire observer une tétée par une professionnelle formée limite fortement le risque de récidive.
5. Dois-je arrêter d'allaiter si la douleur devient insupportable ?
Il n'est pas nécessaire d'arrêter complètement : extraire le lait à la main ou au tire-lait le temps de la cicatrisation permet de maintenir la lactation tout en soulageant le sein. La douleur intense n'est cependant jamais à accepter comme une fatalité et mérite un accompagnement rapide.
Conclusion
Les crevasses du mamelon restent l'une des principales causes d'abandon précoce de l'allaitement, alors qu'elles peuvent, dans la grande majorité des cas, être évitées et soignées efficacement. Corriger la position du bébé au sein, adopter des soins simples fondés sur la cicatrisation en milieu humide et ne pas hésiter à solliciter une consultante en lactation IBCLC dès les premiers signes de douleur constituent les trois piliers d'un allaitement plus serein. Pour approfondir les bons réflexes à adopter dès la maternité, le guide des règles d'une tétée réussie complète utilement ces conseils.


