Pourra-t-on bientôt analyser les chromosomes des embryons avant un transfert en FIV, en France ? Une proposition de loi déposée le 13 octobre 2026 à l'Assemblée nationale veut autoriser le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies, ou DPI-A, une technique déjà pratiquée en Espagne ou en Belgique et réclamée depuis des années par de nombreux couples en parcours de PMA. Portée par la députée Constance de Pélichy (LIOT, Loiret) et soutenue par des élus de plusieurs groupes, elle relance un débat à la fois médical et éthique. Voici ce que prévoit le texte, à qui il s'adresserait et ce qu'il faut savoir avant d'y voir une solution miracle.
Le DPI-A, c'est quoi ?
Lors d'une fécondation in vitro (FIV), les embryons sont cultivés quelques jours en laboratoire avant d'être transférés dans l'utérus. Le DPI-A consiste à prélever quelques cellules sur l'embryon au stade blastocyste pour compter ses chromosomes. Un embryon qui en a un en trop ou en moins (on parle d'aneuploïdie) a peu de chances de s'implanter ou aboutit souvent à une fausse couche. L'objectif est donc de transférer en priorité les embryons au nombre de chromosomes normal.
Ces anomalies sont fréquentes : selon les données rapportées par le Vidal, 30 à 60 % des blastocystes analysés sont aneuploïdes, et cette proportion augmente avec l'âge de la femme. C'est l'une des principales causes d'échec de FIV après 35 ans. Pour revoir les bases du parcours, consultez notre article procréation assistée : ce que vous devez savoir.

Ce que la loi permet aujourd'hui en France
En France, seul le diagnostic préimplantatoire (DPI) classique est autorisé. Il est réservé aux couples qui risquent de transmettre une maladie génétique grave et incurable déjà identifiée dans la famille, et il ne recherche que cette maladie. Environ 1 000 demandes sont déposées chaque année, dont deux tiers environ sont acceptées.
Le DPI-A, lui, est de fait interdit. Un essai clinique de l'AP-HP (l'étude DEVIT), autorisé en 2021, a été annulé par la justice administrative en 2024, décision confirmée en appel en juillet 2025. Résultat : certaines patientes partent à l'étranger, à leurs frais, pour en bénéficier.
Ce que prévoit la proposition de loi n° 3314
Le texte, renvoyé à la commission des affaires sociales, autoriserait la recherche d'anomalies du nombre de chromosomes sur l'embryon conçu in vitro, dans des situations précises :
- un âge maternel de plus de 35 ans ;
- des échecs répétés d'implantation après transfert d'embryons ;
- des fausses couches à répétition ;
- des facteurs génétiques ou acquis connus pour augmenter le risque d'aneuploïdie ;
- des embryons issus d'une fécondation anormale.
Le test se limiterait au comptage des chromosomes : il ne s'agit pas de sélectionner des caractéristiques physiques. Il ne serait jamais obligatoire. Le texte prévoit aussi un suivi par l'Agence de la biomédecine avec un registre national, un rapport au Parlement dans les trois ans et une prise en charge par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles de l'AMP.
Quand pourrait-il être adopté ?
Rien n'est encore acquis. Selon nos confrères des Nouveaux Parents, la députée cherche à réunir 60 cosignataires pour faire inscrire le texte lors de la semaine transpartisane de fin novembre, puis espère un examen au Sénat en décembre ou janvier, avant la pause des travaux parlementaires fin février. Elle reconnaît elle-même que l'adoption reste très incertaine. Si vous êtes en parcours, le DPI-A n'est donc pas accessible en France pour l'instant.
Une technique utile, mais pas une garantie de bébé
Le DPI-A suscite beaucoup d'espoir. Les sociétés savantes européennes et américaines restent pourtant nuancées :
- il peut augmenter les chances de grossesse par transfert et réduire les fausses couches chez certaines patientes, notamment plus âgées ou ayant connu des échecs à répétition ;
- en revanche, il n'augmente pas systématiquement le nombre de naissances par cycle de FIV, et pourrait même le réduire chez les femmes de moins de 40 ans, car certains embryons écartés auraient pu donner un bébé en bonne santé ;
- les embryons dits « mosaïques », qui mélangent cellules normales et anormales, posent question : des naissances en bonne santé ont été rapportées après leur transfert ;
- la biopsie ne porte que sur quelques cellules et ne reflète pas toujours l'ensemble de l'embryon ;
- il ne remplace pas le suivi de grossesse : le dépistage de la trisomie 21 et les échographies restent proposés.
Pour ses opposants, le texte pose aussi des questions éthiques sur le tri des embryons. Ses défenseurs, dont le collectif BAMP! qui milite depuis 13 ans, y voient surtout un moyen d'éviter des transferts voués à l'échec et des fausses couches éprouvantes.
En parcours de PMA : les questions à poser à votre centre
- Quelles sont mes chances réelles par cycle, compte tenu de mon âge et de mon bilan ?
- Après plusieurs échecs ou fausses couches, quels examens complémentaires sont possibles (bilan utérin, caryotype du couple, bilan immunologique) ? Notre article fausses couches à répétition : quels contrôles fait le point.
- Le DPI classique me concerne-t-il s'il existe une maladie génétique dans la famille ? Voyez aussi quand faire des tests génétiques avant la conception.
- Si j'envisage l'étranger, comment organiser le suivi à mon retour et quels sont les coûts ? Le DPI-A double environ le prix d'un cycle de FIV.
Après 35 ans, un suivi adapté compte aussi beaucoup : lisez enceinte après 35 ans, le suivi renforcé que recommandent les gynécologues et nos réponses aux questions fréquentes sur la FIV.
Vos questions fréquentes concernant le DPI-A
1. Le DPI-A est-il autorisé en France aujourd'hui ?
Non. Seul le DPI classique, pour une maladie génétique grave identifiée, est autorisé. La proposition de loi déposée le 13 octobre 2026 n'a pas encore été examinée.
2. Le DPI-A permet-il de choisir le sexe ou les caractéristiques du bébé ?
Non. Le texte limite l'analyse au nombre de chromosomes, dans un but médical, et ne prévoit aucune sélection de caractéristiques.
3. Le DPI-A garantit-il une grossesse ?
Non. Il peut améliorer les chances par transfert dans certaines situations, mais un embryon au nombre de chromosomes normal peut ne pas s'implanter, et toutes les fausses couches ne sont pas d'origine chromosomique.
4. Qui pourrait en bénéficier si la loi passe ?
Les patientes en FIV de plus de 35 ans, celles qui ont connu des échecs répétés d'implantation ou des fausses couches à répétition, et certaines situations génétiques particulières, sur décision médicale.
5. Serait-il remboursé ?
Le texte prévoit une prise en charge par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles de l'AMP. Cette disposition devra survivre au débat parlementaire.
Conclusion
Le DPI-A revient au Parlement avec un texte encadré, réservé à des indications médicales et sans obligation. Pour les couples qui enchaînent échecs et fausses couches, c'est une piste attendue, mais son adoption reste incertaine et la technique n'est pas une garantie de naissance. En attendant, le meilleur réflexe reste d'en parler avec votre centre de PMA, qui pourra évaluer votre situation et les examens utiles.


