Depuis plusieurs semaines déjà, la phrase revient en boucle dans les foyers : « Maman, je m'ennuie ! » Avec 59 jours de grandes vacances en 2026 (du 4 juillet au 1er septembre), le temps libre ne manque pas, et l'ennui non plus.
Beaucoup de parents s'en inquiètent et cherchent à combler chaque instant avec une activité, une sortie ou un écran. Pourtant, les chercheurs en psychologie du développement sont unanimes : ces moments de vide, aussi inconfortables soient-ils, sont un formidable moteur de créativité. Voici pourquoi il est utile de laisser un peu de place à l'ennui cet été, et comment accompagner cette période sans tomber dans l'excès d'écrans ni dans la surstimulation.
Pourquoi l'ennui stimule la créativité de l'enfant
Contrairement à une idée reçue, l'ennui n'est pas une perte de temps. C'est un état affectif transitoire qui survient lorsque l'enfant ne trouve pas d'activité satisfaisante, mais qui n'a rien de pathologique en soi. Des travaux en neurosciences montrent qu'au repos, le cerveau active ce que l'on appelle le réseau du mode par défaut, une zone impliquée dans la mémorisation, l'imagination et la rêverie. Plus une activité est passive et peu stimulante, plus elle laisse justement de la place à l'émergence d'idées nouvelles, un peu comme si l'esprit, livré à lui-même, en profitait pour explorer de nouvelles pistes.
Chez l'enfant, cela se traduit très concrètement : livré à son ennui, il observe davantage son environnement, invente des histoires, transforme un simple carton en bateau ou une feuille de papier en longue-vue. Le pédopsychiatre et psychanalyste Donald Winnicott évoquait déjà cette capacité à « être seul en présence de quelqu'un », un espace psychique dans lequel l'enfant apprend progressivement à s'appuyer sur ses propres ressources plutôt que sur une sollicitation extérieure permanente. Au-delà de la créativité, ces temps de vide favorisent aussi l'autonomie, la patience et une meilleure connaissance de soi.
Il existe bien sûr une nuance importante : un ennui ponctuel, qui reste temporaire et laisse la place à d'autres émotions, n'a rien d'inquiétant. En revanche, un repli plus durable, associé à une tristesse persistante ou à un isolement prolongé, mérite l'attention d'un professionnel de santé. Dans l'immense majorité des cas, cependant, l'ennui estival relève simplement d'un passage à accompagner avec confiance plutôt qu'à combler dans l'urgence.

Vacances d'été 2026 : un contexte propice à l'imagination
Cette année, les grandes vacances s'étendent sur 59 jours, une durée qui laisse largement le temps aux enfants de vivre plusieurs cycles d'ennui... et de rebond créatif. Or, plusieurs enquêtes récentes montrent que le réflexe le plus courant reste encore l'écran : neuf parents sur dix reconnaissent autoriser plus largement les écrans pendant les vacances scolaires que pendant l'année, contre environ sept sur dix les jours d'école. Un basculement compréhensible, tant l'organisation des journées change, mais qui laisse peu de place à l'ennui fondateur évoqué plus haut.
Bonne nouvelle : la tendance commence à s'inverser sur certains temps morts du quotidien. Une étude récente sur les trajets de vacances montre que moins de quatre parents sur dix prévoient d'occuper leurs enfants avec un écran pendant la route, une baisse sensible par rapport à l'an dernier, au profit des jeux verbaux, de la musique ou des histoires audio. C'est le signe que de nombreuses familles cherchent déjà, spontanément, des alternatives plus stimulantes pour l'imagination.
Pour aller plus loin sur la question spécifique des écrans et du développement de l'enfant, vous pouvez consulter notre article qui détaille les repères des pédiatres et de l'OMS selon l'âge de l'enfant.
Des activités sans écran pour nourrir l'imagination
L'idée n'est pas de bannir totalement les écrans ni de transformer chaque journée en programme d'activités minutées, ce qui reviendrait finalement à empêcher l'ennui de faire son travail. Il s'agit plutôt de proposer un cadre suffisamment riche en matériel simple pour que l'enfant puisse s'en emparer seul, sans consigne précise. Quelques pistes qui fonctionnent bien pendant l'été :
- Une caisse de matériel de récupération (cartons, bouchons, tissus, ficelle) laissée à disposition dans un coin dédié
- Un carnet et des crayons pour dessiner, inventer une bande dessinée ou tenir un carnet de vacances
- Un espace extérieur pour observer les insectes, jardiner ou simplement s'allonger dans l'herbe
- Des jeux de construction libres, sans notice, qui laissent toute latitude à l'imagination
- Un temps calme sans consigne, y compris quand l'enfant dit ne rien vouloir faire
Si vous manquez d'idées pour organiser un espace dédié à la maison, notre article sur la création d'une salle de jeux adaptée à tous les budgets propose plusieurs solutions concrètes, même dans un petit espace.
Pensez également à la sécurité de ces temps de jeu libre : privilégiez du petit matériel adapté à l'âge de l'enfant, écartez les objets présentant un risque d'ingestion pour les plus jeunes, et gardez un œil discret sur les activités extérieures sans pour autant intervenir à chaque hésitation. L'ANSES rappelle régulièrement l'importance de vérifier la conformité des jouets et du matériel de loisirs mis à disposition des enfants, en particulier lors d'un usage prolongé pendant les vacances.
Accompagner l'ennui sans le combler immédiatement
Le premier réflexe de nombreux parents, face à un enfant qui s'ennuie, est de proposer immédiatement une solution. C'est humain, et l'intention est louable, mais cela prive parfois l'enfant de l'occasion de mobiliser lui-même ses ressources. Un délai de quelques minutes, voire d'une bonne demi-heure selon l'âge, suffit généralement à voir apparaître un jeu spontané, une histoire inventée ou une occupation improvisée.
Quelques repères simples pour trouver le bon équilibre cet été :
- Accueillir la plainte d'ennui sans chercher à la résoudre instantanément
- Proposer du matériel plutôt qu'une activité clé en main
- Réserver les écrans à des moments identifiés plutôt qu'à un réflexe automatique
- Valoriser les trouvailles de l'enfant, même simples, plutôt que de les corriger ou de les compléter
Les enquêtes récentes sur les usages numériques en famille montrent que près d'un parent sur deux ne se sent pas suffisamment accompagné pour réguler ce temps d'écran au quotidien. Il n'y a donc rien d'anormal à tâtonner : l'essentiel est d'ouvrir régulièrement des fenêtres de temps libre non structuré, sans viser une déconnexion totale ni la performance éducative à tout prix.
Vos questions fréquentes concernant l'ennui et la créativité pendant les vacances
1. À partir de quel âge peut-on laisser un enfant s'ennuyer sans intervenir ?
Dès la petite enfance, il est possible de laisser de courts moments sans sollicitation, à condition d'assurer une présence rassurante à proximité. La durée et le degré d'autonomie augmentent naturellement avec l'âge, mais l'essentiel reste d'observer les signaux de l'enfant plutôt que de suivre une règle fixe.
2. Combien de temps d'ennui est-il raisonnable de laisser s'installer ?
Il n'existe pas de durée universelle, mais plusieurs spécialistes de l'enfance recommandent de réserver au moins une heure de jeu libre, sans consigne, dans la journée d'un enfant. Au-delà, si l'ennui s'accompagne d'un repli marqué ou d'une tristesse qui persiste sur plusieurs semaines, l'avis d'un pédiatre ou d'un psychologue est recommandé.
3. Faut-il totalement supprimer les écrans pendant les vacances ?
Non, l'objectif n'est pas l'interdiction mais l'équilibre. Réserver les écrans à des moments identifiés, plutôt qu'à un réflexe systématique face à l'ennui, suffit généralement à laisser suffisamment de place aux jeux libres et à l'imagination.
4. Comment réagir si mon enfant réclame sans cesse une occupation ?
Proposer du matériel simple (papier, boîtes, jeux de construction) plutôt qu'une activité toute prête aide l'enfant à reprendre l'initiative. Un accueil calme de la plainte, sans réponse immédiate, laisse souvent le temps à une idée personnelle d'émerger.
Conclusion
L'ennui estival, loin d'être un problème à résoudre à tout prix, constitue une véritable ressource pour le développement de l'enfant. En laissant respirer les journées de ces 59 jours de vacances, en limitant le réflexe des écrans et en proposant du matériel simple plutôt que des solutions clé en main, les parents offrent à leurs enfants l'occasion de développer leur imagination, leur autonomie et leur confiance en eux. Pour compléter votre organisation de l'été, n'hésitez pas à consulter notre calendrier complet des vacances scolaires 2026 pour anticiper sereinement les semaines à venir.


