L'arrivée d'un enfant, l'achat d'un premier logement, un projet qui démarre : autant d'occasions pour des parents ou des grands-parents de vouloir transmettre une somme d'argent à leurs proches. Mais donner de l'argent dans la famille n'est pas anodin sur le plan fiscal. La France encadre strictement ces transmissions, avec des abattements précis, des délais à respecter et des obligations déclaratives renforcées en 2026.
La bonne nouvelle : bien anticipée, une donation peut permettre à un couple de transmettre jusqu'à 200 000 € à chaque enfant sans payer un centime d'impôt — voire davantage avec les dispositifs temporaires en vigueur. Encore faut-il connaître les règles du jeu.
Les abattements en vigueur en 2026 : ce que vous pouvez donner sans impôts
En France, chaque parent bénéficie d'un abattement de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Cela signifie qu'un père peut donner 100 000 € à son enfant et une mère 100 000 € supplémentaires, soit 200 000 € par enfant transmis en totale franchise d'impôt, à condition que les deux parents soient distincts dans leurs donations. Cet abattement s'applique aussi bien aux dons manuels (virement de compte à compte, remise en espèces) qu'aux donations notariées. Il peut être utilisé en une seule fois ou fractionné sur plusieurs versements, du moment que l'ensemble des dons consentis entre les mêmes personnes sur une période de 15 ans ne dépasse pas ce plafond.
À cet abattement principal s'ajoute une exonération spécifique pour les dons familiaux de sommes d'argent (article 790 G du Code général des impôts) : un parent de moins de 80 ans peut donner 31 865 € supplémentaires à son enfant majeur, tous les 15 ans, en totale exonération. Ces deux dispositifs sont cumulables. Résultat : un parent de moins de 80 ans peut donner jusqu'à 131 865 € à chaque enfant sans droits de donation, et un couple jusqu'à 263 730 € par enfant. Pour les grands-parents, l'abattement est de 31 865 € par petit-enfant tous les 15 ans, et de 5 310 € pour les arrière-petits-enfants.
À noter que le barème progressif des droits de donation s'applique au-delà des abattements. Il démarre à 5 % pour les tranches les plus basses (jusqu'à 8 072 €) et peut atteindre 45 % pour les montants les plus élevés (au-delà de 1 805 677 €). Pour une donation de 150 000 € d'un parent à son enfant, les 50 000 € excédant l'abattement de 100 000 € seraient taxés à environ 20 %, soit 10 000 € d'impôt approximatif. Une raison de plus d'anticiper et de fractionner les dons dans le temps.
La nouvelle exonération 2025-2026 : jusqu'à 300 000 € pour l'immobilier
Depuis le 15 février 2025, la loi de finances a instauré une exonération temporaire exceptionnelle, valable jusqu'au 31 décembre 2026. Elle permet de donner de l'argent en franchise totale d'impôts pour financer deux types de projets précis :
- L'acquisition d'un logement destiné à devenir la résidence principale du bénéficiaire, qu'il s'agisse d'un achat neuf, en VEFA ou en état futur d'achèvement.
- Des travaux de rénovation énergétique dans la résidence principale du donataire, à condition que ces travaux soient éligibles au dispositif MaPrimeRénov.
Le montant exonéré est de 100 000 € par donateur, dans la limite de 300 000 € par bénéficiaire (tous donateurs confondus). Les fonds doivent être utilisés dans les 6 mois suivant le versement, et le logement acquis ou rénové doit être conservé pendant au moins 5 ans. Ce dispositif est cumulable avec les abattements classiques : un enfant peut donc potentiellement recevoir 200 000 € de ses parents au titre des abattements habituels, plus 300 000 € au titre de cette exonération temporaire, soit 500 000 € en totale franchise fiscale si les conditions sont réunies. C'est une fenêtre exceptionnelle qui prend fin le 31 décembre 2026 — une échéance à ne pas laisser passer si vous avez un projet immobilier en vue. Pour tout comprendre sur les aides financières auxquelles vous avez droit en tant que jeune famille, consultez notre article sur la liste de naissance et les essentiels pour bébé.
Les démarches : comment déclarer un don en 2026
Depuis le 1er janvier 2026, toutes les déclarations de dons manuels doivent être effectuées obligatoirement en ligne via l'espace personnel sécurisé du bénéficiaire sur impots.gouv.fr. C'est le donataire (celui qui reçoit l'argent) qui doit faire la démarche — pas le donateur. La procédure est simple : connexion à l'espace Finances publiques, rubrique « Déclarer », puis « Déclarer un don ou une cession de droits sociaux ». Le calcul des droits éventuels et le paiement se font directement en ligne, par carte bancaire ou prélèvement unique.
Cette déclaration est obligatoire, y compris si le don est totalement exonéré grâce aux abattements. Ne pas la faire est une erreur stratégique majeure : c'est la date de déclaration qui fait courir le délai de 15 ans à l'issue duquel l'abattement se recharge. Un don non déclaré ne déclenche pas ce compteur, ce qui peut priver le bénéficiaire d'un avantage fiscal pourtant légitime lors d'une donation ultérieure. En cas d'omission, l'administration fiscale peut également requalifier le don et appliquer des rappels de droits assortis d'intérêts de retard et de pénalités.
Par exception, le formulaire papier n°2735 reste utilisable pour certains cas spécifiques : dons au profit d'un mineur ou d'un majeur protégé, dons relevant de l'exonération temporaire immobilière (article 790 A bis), et personnes sans accès internet. Dans tous les cas, la déclaration d'un don familial de sommes d'argent (article 790 G) doit être effectuée dans le mois qui suit le versement pour que l'exonération de 31 865 € s'applique — ce délai est d'application stricte.
Vos questions fréquentes concernant la donation d'argent entre parents et enfants
1. Peut-on donner de l'argent à son enfant sans passer par un notaire ?
Oui, pour un don d'argent. Le don manuel — par virement, chèque ou remise en espèces — ne nécessite pas d'acte notarié. C'est la forme la plus simple et la plus utilisée pour les transmissions d'argent dans la famille. En revanche, passer par un notaire reste utile dans certaines situations : donation entre époux, donation-partage entre plusieurs enfants pour éviter les litiges successoraux, ou transmission d'un bien immobilier (qui nécessite impérativement un acte notarié). Pour un simple virement de parent à enfant, la déclaration en ligne sur impots.gouv.fr suffit. Conservez cependant une trace écrite de la transaction (relevé bancaire, email de confirmation) pour prouver la nature et la date du don en cas de contrôle ou de litige.
2. Qu'est-ce que le présent d'usage et faut-il le déclarer ?
Le présent d'usage est un cadeau offert à l'occasion d'un événement précis — anniversaire, mariage, naissance, obtention d'un diplôme — dont le montant reste proportionnel au patrimoine et aux revenus du donateur. Il n'est pas considéré comme une donation et n'a donc pas à être déclaré ni intégré dans le calcul des abattements. Il n'existe pas de seuil légal fixe : c'est la proportionnalité qui détermine s'il s'agit d'un présent d'usage ou d'une donation déguisée. En pratique, un chèque de 500 € pour un anniversaire ne pose aucun problème pour un ménage aisé, tandis qu'un « cadeau » de 50 000 € pour un mariage sera très probablement requalifié en donation par l'administration fiscale. En cas de doute, il vaut mieux déclarer.
3. Peut-on faire plusieurs donations à un même enfant au fil du temps ?
Oui, et c'est même une stratégie souvent recommandée. L'abattement de 100 000 € peut être utilisé en plusieurs fois, sur une période de 15 ans entre le même donateur et le même bénéficiaire. Ainsi, un parent peut donner 50 000 € en 2020 et 50 000 € en 2025 à son enfant — les deux dons restent dans l'abattement. Une fois les 15 ans écoulés à partir de la première donation déclarée, l'abattement se recharge complètement et peut être réutilisé. Plus la transmission commence tôt, plus les parents peuvent profiter de plusieurs « fenêtres fiscales » au cours de leur vie. Un couple qui commence à transmettre dès 50 ans peut potentiellement renouveler ses abattements une ou deux fois avant leurs 80 ans, en transmettant ainsi plusieurs centaines de milliers d'euros sans fiscalité. Pour plus de conseils sur l'organisation financière de votre famille, retrouvez nos articles sur la gestion de la vie de famille au quotidien.
4. Quels sont les pièges les plus fréquents à éviter ?
Le premier piège est de ne pas déclarer le don, en pensant qu'un simple virement entre proches passe inaperçu. L'administration fiscale peut le découvrir lors d'un contrôle ou au moment de la succession — et dans ce cas, les droits sont calculés selon le barème en vigueur au moment de la révélation, sans garantie que les abattements soient encore disponibles. Le deuxième piège fréquent est d'oublier que les donations d'il y a moins de 15 ans entrent dans le rappel fiscal : si vous avez déjà donné 80 000 € à votre enfant il y a 8 ans et que vous souhaitez lui en donner 60 000 € aujourd'hui, seuls 20 000 € sont exonérés (les 40 000 € restants seront taxés). Tenir un registre précis des dons effectués avec leurs dates est donc indispensable. Troisième erreur : confondre présent d'usage et donation, et ne pas déclarer des sommes importantes en espérant qu'elles passeront pour des cadeaux.
5. La donation à un enfant mineur est-elle possible ?
Oui, il est tout à fait possible de donner de l'argent à un enfant mineur. L'abattement de 100 000 € s'applique dès la naissance. En pratique, la somme est gérée par les parents en tant que représentants légaux jusqu'à la majorité de l'enfant. La déclaration d'un don à un mineur fait partie des exceptions à la télédéclaration : elle se fait encore via le formulaire papier n°2735 adressé au service fiscal. Il est courant d'ouvrir un livret A ou un Plan Épargne Enfant au nom du mineur pour accueillir la somme donnée, avec un déblocage au moment de sa majorité. En revanche, l'exonération spécifique du don familial de sommes d'argent (31 865 €) ne s'applique qu'au profit d'un donataire majeur — elle n'est donc pas disponible pour les dons à un enfant mineur. Pour vous accompagner dans toutes les étapes de la vie de votre famille, retrouvez notre article sur la liste de naissance et les premiers achats essentiels.
Conclusion
Donner de l'argent à ses enfants est un geste généreux que la loi française encadre mais soutient avec des abattements significatifs. 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans, cumulables avec 31 865 € d'exonération supplémentaire pour les parents de moins de 80 ans, et jusqu'à 300 000 € d'exonération temporaire jusqu'au 31 décembre 2026 pour un projet immobilier : ce sont des leviers puissants à mobiliser dès maintenant. La condition sine qua non pour en bénéficier pleinement : déclarer chaque don dans les délais, en ligne depuis le 1er janvier 2026, afin de faire courir le délai de 15 ans et d'éviter tout redressement fiscal.


