La décision d'avoir un enfant — ou de ne pas en avoir — est l'une des plus intimes qui soit. Et pourtant, elle n'échappe pas aux influences sociales, économiques et culturelles de l'époque. En 2025, dans un contexte de baisse inédite de la fécondité en France (1,62 enfant par femme en 2024, contre 1,79 en 2022), le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) a commandé une grande enquête nationale auprès de 2 039 personnes âgées de 20 à 35 ans, réalisée par Toluna Harris Interactive.
Les résultats brossent un tableau nuancé, parfois inattendu, des motivations et des freins à la parentalité chez les jeunes adultes d'aujourd'hui.
Ce que l'on ressent spontanément quand on pense « devenir parent »
Avant même d'entrer dans les raisons rationnelles, l'enquête du HCFEA a demandé aux participants d'exprimer spontanément ce que leur évoquait le fait de devenir parent. La réponse la plus fréquente, toutes situations confondues — qu'on soit déjà parent ou non, qu'on le souhaite ou pas — est la responsabilité, citée par 34 % des répondants. Ce mot structure profondément les représentations de la parentalité chez les 20-35 ans : devenir père ou mère, c'est d'abord accepter une charge, prendre soin d'un être qui dépend entièrement de soi.
Mais responsabilité ne rime pas nécessairement avec contrainte. Chez les personnes qui souhaitent devenir parents, cette notion est aussitôt associée à des émotions très positives : le bonheur, l'amour et la joie sont évoqués par 64 % de ceux qui se projettent dans la parentalité. Pour cette population, la responsabilité est vécue comme un accomplissement, non comme un fardeau. En revanche, chez les personnes qui ne souhaitent pas devenir parents, les ressentis négatifs dominent largement : angoisse, peur et préoccupations financières sont cités par 56 % d'entre eux, contre seulement 26 % qui y associent des émotions positives. Deux rapports au monde radicalement différents coexistent donc au sein de la même génération.
Il est également frappant de constater que 83 % des 20-35 ans se projettent malgré tout dans une vie de parents — 39 % le sont déjà et 44 % pensent le devenir. Seuls 12 % envisagent de ne pas avoir d'enfant, et 5 % ne savent pas encore. La parentalité reste donc un horizon de vie majoritaire, mais le chemin qui y mène est de plus en plus semé de questions.
Les trois approches de la parentalité chez les personnes sans enfant
L'un des apports les plus originaux de cette enquête est d'avoir établi une typologie des approches de la parentalité à partir des motivations exprimées par les répondants. Trois profils se dégagent chez les personnes sans enfant, avec des proportions et des caractéristiques très distinctes.
La première approche, dite conformiste, est la plus répandue : elle concerne 40 % des personnes sans enfant. Pour ce groupe, avoir un enfant s'inscrit dans une logique de norme sociale et de continuité — c'est ce que l'on fait naturellement à un certain stade de la vie, en couple, quand les conditions sont réunies. La parentalité y est perçue comme une étape normale du parcours de vie, ni particulièrement exaltante ni particulièrement problématique. Ce profil est majoritairement masculin : les hommes représentent 64 % de ce groupe. L'enquête y voit le reflet d'une vision plus traditionnelle et moins questionnée du projet familial.
La deuxième approche, dite contraignante, touche 39 % des personnes sans enfant — soit quasiment autant que l'approche conformiste. Ce groupe perçoit la parentalité avant tout comme une source de contraintes : coût financier, renoncement à une certaine liberté, temps que réclame un enfant, impact sur la carrière et sur la vie de couple. Ce profil est cette fois majoritairement féminin — les femmes représentent plus de 57 % de ce groupe. Cette symétrie entre l'approche conformiste (dominée par les hommes) et l'approche contraignante (dominée par les femmes) est l'un des enseignements les plus frappants du rapport : hommes et femmes du même âge n'appréhendent pas la parentalité avec les mêmes lunettes. Les femmes, souvent plus directement concernées par les impacts concrets de la grossesse, du congé maternité et de la charge mentale, perçoivent davantage les implications pratiques et les renoncements associés.
La troisième approche, dite épanouissante, ne concerne que 21 % des personnes sans enfant. Pour ce groupe minoritaire, avoir un enfant est avant tout une source de joie, de transmission et de sens — un projet de vie choisi et désiré pour les richesses qu'il promet. La motivation n'est pas sociale mais profondément personnelle. Pour en savoir plus sur le vécu émotionnel de la grossesse et les ressources disponibles pour les futures mamans, consultez notre article sur être bien pendant sa grossesse selon le point de vue d'une sage-femme.
Les principales motivations pour devenir parent
Au-delà des profils, l'enquête a demandé aux répondants d'évaluer les raisons concrètes qui pourraient les pousser à devenir parents. Les résultats convergent avec force autour de quelques moteurs fondamentaux, qui transcendent les différences de profil.
- Avoir des moments de joie et de complicité en famille : c'est la première motivation citée, plébiscitée par la grande majorité des répondants — y compris les parents déjà en place, qui confirment que ce désir est très proche de la réalité vécue.
- Transmettre des valeurs : la notion de transmission — culturelle, affective, éthique — arrive en bonne place. Laisser quelque chose de soi au monde à travers un enfant répond à un besoin profond de continuité et de sens.
- Donner de l'amour à un enfant : le désir de nourrir, de protéger et d'aimer un être totalement dépendant de soi. C'est une motivation émotionnelle puissante, souvent difficile à rationaliser, mais très présente.
- S'occuper d'un enfant, le voir grandir : l'aspect quotidien de la parentalité — suivre les étapes du développement, être présent aux premières fois — est lui aussi fortement valorisé.
Ce que l'enquête souligne avec force, c'est la cohérence entre les intentions exprimées avant d'avoir un enfant et les bilans dressés après : les parents confirmés citent exactement les mêmes priorités. Ce ne sont pas les raisons rationnelles ou sociales qui dominent, mais les émotions partagées et la transmission. Les motivations liées au regard des autres, à la pression familiale ou à la perpétuation du nom restent très minoritaires dans les réponses.
Vos questions fréquentes concernant la décision d'avoir un enfant
1. Les femmes veulent-elles moins d'enfants que les hommes ?
L'enquête du HCFEA révèle une asymétrie notable : les hommes de 20 à 35 ans accordent davantage d'importance au fait de devenir parents que les femmes du même âge. Parmi les femmes sans enfant âgées de 32 à 35 ans, seules 48 % se projettent encore dans la maternité, contre 65 % des hommes du même âge. Cette différence s'explique probablement par la plus grande conscience qu'ont les femmes des impacts concrets de la parentalité sur leur vie professionnelle, leur corps, leur liberté et leur équilibre quotidien. Ce n'est pas un désintérêt pour l'enfant en soi, mais une appréhension plus réaliste des transformations qu'implique la maternité. L'enquête y voit une forte part de « contrainte et de résignation » plutôt qu'un rejet de la parentalité elle-même.
2. Quels sont les principaux freins à la parentalité en France en 2025 ?
Selon l'enquête HCFEA, le frein le plus souvent cité est le coût élevé de l'enfant — logement, garde, équipement, éducation. Viennent ensuite l'angoisse face à l'état du monde (crises climatiques, guerres, instabilité économique), le temps que réclame un enfant — perçu comme incompatible avec les aspirations professionnelles et personnelles — et, pour les femmes en particulier, la peur de la grossesse. Ces freins ne sont pas nouveaux, mais leur intensité s'est amplifiée dans un contexte de précarité du logement et d'une plus grande individualisation des projets de vie. À noter que la satisfaction des politiques familiales est très inégale : seule une mère sur trois est satisfaite des congés parentaux, contre une majorité de pères.
3. La pression sociale joue-t-elle encore un rôle dans la décision d'avoir un enfant ?
Oui, mais de façon plus subtile qu'on ne le croit parfois. L'approche conformiste — qui concerne 40 % des personnes sans enfant — reflète précisément cette influence sociale : avoir un enfant parce que c'est ce qu'on fait à un certain stade, parce que l'entourage l'attend, parce que c'est la norme. Cette pression ne se vit pas forcément comme une contrainte, mais comme une évidence culturelle. Elle est particulièrement prégnante dans les profils attachés à une religion ou affichant une orientation politique plus traditionnelle, selon les données de l'enquête. La religion et l'appartenance politique sont d'ailleurs explicitement identifiées par le HCFEA comme des facteurs corrélés à une plus grande importance accordée à la parentalité.
4. Comment le vécu de la parentalité change-t-il la perception qu'on en avait avant ?
Les données de l'enquête montrent une évolution très significative : chez les parents, l'approche contraignante de la parentalité tombe à seulement 12 % (contre 39 % chez les sans-enfant), tandis que l'approche épanouissante devient la plus répandue avec 44 %. Autrement dit, beaucoup de ceux qui appréhendaient la parentalité comme une contrainte vivent le fait d'être parents comme une source d'épanouissement. Ce renversement ne signifie pas que les difficultés disparaissent, mais que le sens et les joies vécues modifient profondément le regard. Pour mieux appréhender les transformations émotionnelles liées à l'arrivée d'un bébé, consultez notre dossier sur la crise du couple après la naissance d'un enfant.
5. Comment vivre sereinement la décision d'avoir — ou de ne pas avoir — un enfant dans un contexte social parfois pesant ?
L'enquête HCFEA rappelle que la décision de devenir parent est profondément personnelle et ne devrait pas être dictée par la norme, l'entourage ou l'urgence. Quelle que soit l'approche — conformiste, contraignante ou épanouissante — ce qui compte est que la décision soit cohérente avec ses propres valeurs et sa propre situation de vie. Le dialogue en couple, la transparence sur les craintes et les envies, et un accès à une information fiable sur les soutiens existants (aides financières, modes de garde, congés parentaux) permettent de traverser ce questionnement avec plus de sérénité. S'informer sur les droits disponibles et les aides en vigueur est un premier pas concret. Pour tout ce qui concerne la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, consultez notre article sur concilier travail et vie de famille.
Conclusion
Ce que révèle l'enquête du HCFEA, c'est que la décision d'avoir un enfant n'obéit jamais à une logique unique. Elle mêle l'intime et le social, le rationnel et l'émotionnel, le désir et la contrainte. Pour 64 % de ceux qui se projettent dans la parentalité, c'est avant tout l'amour, le bonheur et la joie qui motivent ce choix. Pour d'autres, ce sont les freins concrets — coût, temps, incertitude sur l'avenir — qui occupent toute la place. Et pour beaucoup, c'est simplement parce que la parentalité s'inscrit dans le cours naturel d'une vie. Ces trois approches coexistent, sans hiérarchie de valeur. Ce qui est sûr, c'est que la question mérite d'être posée — et discutée — avec les personnes qui nous entourent, sans tabou.


